Sophia jette sa dernière zerriaa sur l’assiette en éclatant de rire. Sacrée Fatima, ses blagues salaces sont toujours aussi drôles ! " Yallah noudi, khassni nekhrej ". Elle se dépêche de passer une brosse à dents sans eau ni dentifrice sur ses dents pour évincer d’éventuelles traces noires dans les gencives. En enfilant son jean ultra-serré, elle mâchouille un Trident au peppermint, sensé lui donner fraîche haleine.
Sophia est réellement parfaite. Elle fait partie d'une race limitée de filles qui ont réussi leur coloration en blondes sans passer pour des poufiasses. Elle a un corps de rêve. 90 B de tour de poitrine qu'elle dorlote dans la plus jolie lingerie importée d’Espagne, de longues jambes toujours serrées dans des jeans et toujours, toujours des talons hauts.
Mais ce qui la rend si particulière, c'est cette habilité à être sexy sans être vulgaire, attirante sans être aguichante, sensuelle sans être accusée d’être une allumeuse. Et puis surtout, elle a le prénom qu'il faut. Un prénom de fille destinée a être riche.
Sa mère avait une sœur, trop jeune pour être une vraie tante, coquette comme tout, pimpante, fraîche. Lorsque Sophia etait petite, sa tante la gardait chez elle pour des jours, parfois des semaines. C’est chez elle qu'elle a tout appris, dans son incroyable collection de Jeune et Jolie : comment draguer; comment le garder dans son lit; les meilleures manières de rompre. Surtout, Sophia a appris le Français des filles dans le coup, sans jamais avoir fréquenté les écoles de la mission française.
La tante, la trentaine bien entamée, a fini par épouser le propriétaire de la boucherie du quartier, qui a toujours pensé qu’elle ferait un beau gigot. Bientôt, elle est devenue mère et la tata tirée à quatre épingles est devenue une Fatima quelconque, difforme et en permanence en Jellaba.
C'est l'histoire d'une séductrice née, mais pas conne
Sophia sort de l'appartement familial. Aujourd'hui, c'est Youssef, le banquier, qui l'invite au café L'Etoile, le coin chic en ville. Il attend, vautré dans un fauteuil prune. Elle arrive, comme une rose. Il se lève pour l'accueillir. "Délicieuse, comme d'habitude".
"Délicieux", dit Sophia en croquant son "délice aux trois chocolats", son seul plaisir de la journée. Ce Youssef est d'un ennui. Il parle d'elle comme une reine, mais elle a déjà entendu mille fois ce qu'il a à dire. Cela dit, elle accepte d'aller au cinéma après le café. Ce mec est d’un ennui (bis). Mais elle le supportera, elle attend une réponse pour une demande de crédit. Elle veut une voiture. Youssef l’aidera, elle en est sûre. Youssef, lui, est sûr d’une seule chose : cette lingerie venant d’Espagne est magnifique. Le 90 B l’est encore plus. Sophia s'ennuie mais se laisse tripoter dans le noir. Dans le noir aussi, Sophia s’apercevra que Youssef aussi mâche du Trident Peppermint.
To be continued...