Devant, le vent balaie une terre rouge et pierreuse. Un peu plus loin, des charrettes déchargent des tas de branches mortes et autres détritus biodégradables. En face, un vieil arbre. Il me rapelle les hommes vieux, ridés et pauvres, vraiment pauvres, avec seulement la peau sur les os. A ses pieds gisent des mégots par centaines.
A droite, la rue longiline, interminable. Tant et si bien qu'on n'en voit pas la fin. Une seule oasis: le petit
7anoute où les garçons achètent leurs premières cigarettes.
A gauche: Hilton, "lghaba" pour les intimes, sombre, chevelue, dangereuse, antre de tous les mythes et des faits divers: des
jnoun de la forêt, à la fille qui s'est fait violer en passant par les mille et un "
grissage". Je déteste les forêts. Je n'ai jamais aimé celle-là. En début d'année, on nous faisait courir là-bas pendant les cours d'éducation physique. Une véritable punition.
Derrière: le lugubre bâtiment qu'on a beau repeindre en blanc, il ne me semble que gris. Ancien couvent, il aurait été un bagne idéal pour les années de plomb. En attendant, on boutonne nos tabliers bleu ciel et beiges et on baisse la tête. Objectif: ne pas provoquer le coléreux M. Mfeddel.
Tariq Ibn Ziad est passé par là. La fuite n'est pas possible. Les quatre points cardinaux ne donnent aucun espoir. Résultat: en six ans, j'ai "séché" une seule heure, pour aller déposer mon dossier à l'école de journalisme. Si ce n'est pas de la discipline...
Les jours se suivent et se ressemblent: tristes, monotones, rangés et unisexes (le lycée est mixte, mais pas les classes du collège). On rêve d'autres cieux, de lycées
cool, de liberté, de cours de chant, de gymnases avec de vrais vestiaires, avec des toilettes qui ne puent pas, des proviseurs qui savent communiquer sans gueuler et des professeurs qui ne donnent pas l'impression de venir à une séance de torture quotidienne. On regarde
Beverly Hills sur 2M et on soupire. Ca tombe bien, c'est l'âge du mal-être. Une seule solution: en sortir le plus vite. Ca a expliqué l'excellent pourcentage de réussite au bac (et aux autres années). En y repensant avec du recul, je n'en garde que frustration et rancoeur. Et je ne dois pas être la seule.