Petit chaperon rouge,
Les moutons, y en a plein les rues, mais tu es le seul agneau que je veux, dans toutes les sauces. Grillée, je lècherai ta peau croustillante, la tremperais dans du sel, puis du cumin, en bon loup marocain. Marinée, je te laisserais sur le feu de mon désir gorgée d'ail, mon condiment préféré, puis je te décorerais de piments rouges et verts. Je me demande quel légume t'acompagnerait le mieux. Je pourrais t'étaler sur des toasts avec de la tappenade et de l'huile d'olive, je pourrais te déguster en sorbet, en entrée, en infusion. Car je le sais: tu es bonne et ton jus ne peut être qu'un nectar digne des dieux. Pour l'instant, je rêve en suivant ta silhouette dans la foule. Pourquoi prends-tu les grandes artères? Qu'est ce que je donnerais pour que tu te faufiles dans les petites ruelles de la Médina. Te voilà qui t'arrêtes à une téléboutique. Le bonhomme qui te donne la monnaie te dévore des yeux. Je les lui crèverais si je ne le comprenais pas! Nous ne sommes que des êtres humains après tout..
Je voudrais être le combiné téléphonique que tu tiens dans les mains, impatiemment. Tu lui susurres des choses doucement, très doucement, les cabines étant si impersonnelles et l'écho si puissant dans ces échoppes de misère!
Tu raccroches et tu ressors de la téléboutique sans un bruit. Tu rabats ton capuchon rouge sur tes cheveux de miel, tu marches vite. Il pleut sur la ville et sur l'ange de la ville. C'est le ciel qui doit pleurer.
Tes bottes rouges assorties à ton manteau battent les pavés. J'ai des envies masochistes de soumis, à ton unique service. Difficile de te suivre, sens-tu le danger derrière toi? Je halète dans les rues, je bouillonne, je fatigue. Ta jeunesse me largue au coin d'un
derb perdu. Tu disparais derrière une lourde porte en bois.
Peut-être es-tu dotée d'ailes non visibles à l'oeil nu, mais donne-moi seulement l'occasion de t'examiner, de t'ausculter, de t'observer au microscope. Il doit y avoir un secret à tant de beauté. Quelque chose dans les gênes, dans l'air, dans la nourriture. Des êtres comme toi ne doivent se nourrir que de pétales de roses.
Mais où es-tu donc? Tu ne ressors plus de ces murs. Je ne peux t'imaginer qu'au chevet d'une grand-mère malade, à qui tu administres quelque médicament. Ressors vite, petit chaperon rouge, j'agonise, je tourne en rond, j'aboie comme un chien des rues, comme un chien des ruts. J'ai besoin de toi. Je serai la fourrure de ton plancher, où tu poserais tes pieds fins et délicats au réveil. Je serai ton toutou, ta peluche, ton esclave. Non, ton esclave, je le suis déjà.