Tuesday, March 02, 2010

Black Mountain Side


Match amical

Ce matin, dans le train, je l'ai encore vu. J'étais penchée sur mon bouquin, sponsorisée par la précieuse, l'irremplaçable Sun Li, j'étais bercée par Jobim et Sinatra, l'estomac calé par un ptit-déj inhabituel. Et là, à travers les notes bossa, j'entends le grincement de la porte du wagon. L'hippopotame, dans son costard gris et ses lunettes carrées, avançait vers un des sièges. Lentement, il disparut de mon champ de vision.
Il y a un mois, je monte dans le train, bondé comme d'habitude. Je m'assois au premier fauteuil libre que je trouve, face à deux gentlemen. Le passager de droite, costume gris, chemise blanche, me fait vraiment penser à un hippopotame (apologies to hipos). Tout en lui est volumineux, sa voix est grasse, sa bouche bleue, son regard -assurément séduisant- caché par des lunettes de soleil carrées et complètement opaques. L'homme de gauche, lunettes de vue, chaussures crocos et écharpe stylée, on l'appellera le crocodile, aka Timssa7.
Je me plongeai dans je ne sais quel canard-qui-salit-les-mains, mais la discussion de mes voisins ne tarda pas à me déconcentrer complètement. C'est que les deux compères font tout pour se faire entendre du conducteur du train.
"Bla bla foot bla bla voyage bla bla souvenirs excellents bla bla". J'ai arrêté de lire. Je les ai fixés. J'ai écouté.
Hippo: Ah un match qu'on avait regardé dans un pub irlandais à Londres. Manchester contre Liverpool. Chaque fois que Manchester marquait, on explosait de joie. Chaque fois que Liverpool marquait, re-explosion de joie. Ils ont rien compris. C'était génial!
Croco: Ah j'adore Londres, le shopping, l'ambiance, quelle ville extraordinaire. Je reste toujours au même hôtel; une pension sympathique, décorée avec des bougainvillées.
Hippo: Ah non, faut que je te file l'adresse de mon hôtel, le vrai luxe à 180 £, une merveille! Quelle déco, quel emplacement. Laisse tomber ta petite pension a sahbi!
Moi, Londres, ghadi maji liha, je dois y être allé chi 60 fois. L'Algérie aussi 60 fois. La Tunisie et la Libye chi 30 fois. J'arrête pas de bouger.
Croco: Ah non, moi pas à ce point, mais j'y vais dès que je peux.
Hippo: Mais tu devrais y aller plus souvent a sahbi, pour lézaffaires. Ton domaine, les réseaux, c'est en pleine expansion. Y a plein de salons.
Croco: Vrai, vrai...
Et là, Croco se voit perdre 0 à 1 face à Hardy. Alors il tente de se plonger dans le premier quotidien économique du royaume. Page 3: un article sur la marina de Casa. Trop belle l'occase, pour l'hippo, il bondit de tous ses kilos: "aaaah tu devrais acheter un appart là, 28.000 dirhams le mètre carré, c'est un excellent investissement!".
Croco: Ah non, c'est un peu cher.
Hippo: cher? Capital Invest a pris tout un immeuble, peut-être même deux! N'hésite pas, prends!
Croco: wa prends-le, toi.
Hippo: Ah non, moi ma priorité maintenant, c'est la maison de plage. Je viens enfin de trouver le terrain de mes rêves, à Bouznika. Entre deux villas, la première à 6 milliards et la seconde à 7 milliards. Entre les deux, face à la mer: ma future baraque.
Croco est à 0 à 2. Il tente de se ressaisir: Tu n'es pas venu voir ma maison! Je l'ai complètement transformée. J'ai ramené une architecte dont j'avais vu les travaux dans un magazine. J'ai réussi à la joindre. Je suis le premier particulier avec qui elle ait accepté de bosser! Le résultat est simple et sublime!

Hippo : moi aussi j’ai fait refaire ma maison, figure-toi. Et j’ai laissé l’architecte s’occuper même de la déco. Car je me suis dit : si elle l’a imaginée vide, c’est qu’elle doit l’avoir imaginée pleine ! C’est toi qui dois passer me voir d’abord !

Croco : Je passerai inchallah.

3 à 0.

Je me disais que c’était la fin du match. Que nenni. Voilà l’hippo qui rebondit en parlant du nord. « Tu te souviens quand je t’ai croisé à Marina, l’été dernier ? Tu m’avais dit que tu allais passer, tu n’es jamais venu, tu as eu tort ! Ma maison était incroyable. Le golf, la mer, chez moi !

Croco : Wa je n’étais qu’en escale, je suis parti le lendemain pour Puerto Banus, je logeais les pieds dans l’eau, face au port. C’était extraordinaire !

Hippo : c’est trop plein Marbella, je préfère ne plus y mettre les pieds.

Et là, pour la première fois, j’étais heureuse d’entendre la voix délicate annonçant la charmante gare d’Aïn Sbaa. Je pris mes cliques. Croco me lança un : « صدعناك شويا آ لالة؟ »

Je traçai direct. Pendant les jours suivants, je pris la voiture.

Monday, January 25, 2010

Sweet Home Tislite

Dias de Enero

L'application MP3 dans le téléphone portable est sans doute une invention à l'intention des journalistes. Une fois que vous vous retrouvez dans une zone sans réseau, sans électricité, sans TV, sans récepteur radio, sans Monopoly, sans Cranium et assimilés, lorsque vous avez écumé toutes les blagues salaces, que vous avez râlé contre cette augmentation qui arrive pas, que vous avez -malgré vous- rattrapé votre retard sur toutes les histoires de fesses de votre boîte, que vous avez entendu les anecdotes de tournage des autres, que vous savez tout sur les mouvements bancaires de vos collègues, sur l'état de leurs crédits, leurs souhaits les plus fous en matière de voitures et de pourquoi ils achèteront diesel, une fois que vous avez entendu le rapport sur les différentes offres en logement économique de Bouskoura à Mohammédia, quand l'OPS a éteint sa dernière clope et l'assistant terminé ses dix prières, nous voilà dans la nuit réunis en silence autour d'un maudit téléphone portable. On dit vraiment rien quand Khaled chante parce qu'il nous parle à nous. Quelqu'un lui a dit toutes mes peines, tous mes chagrins, toutes mes frustrations et le voici qui me répond. Le voilà qui me rassure, le voilà qui tapote sur mon épaule et j'ai envie de chialer. On renifle tous, chacun pour ses raisons. Et Khaled est le seul qui fait l'unanimité quelle que soit la composition de l'équipe et même quand Souad veut écouter du Fayrouz et moi, en zoufria, je râle. Pas de sentimentalisme hein!
Je m'échappe de ce trop-plein de réminiscences, des erreurs récentes, des regrets. Le vide, c'est dangereux. La télévision a été inventée pour nous éviter de réfléchir. Un village sans télé, c'est la mort, le début de l'addiction au haschich, n'est-ce pas?
En fait, on a entendu, tous les soirs, le foyer voisin et sa télé. On salivait dessus. Je vous jure. On m'aurait mis le feuilleton turc que je l'aurais suivi. Tellement j'étais en manque de vide plein. Je voulais voir Al Akhbar. Même Abbas El Fassi et son conseil de gouvernement. N'importe quoi. Une semaine est passée sans que je ne sache ce qui s'est passé à Haiti. Avec le recul, il était doux de ne pas savoir.
Je regarde par la fenêtre. Comme il fait sombre, on voit bien les étoiles. Et comme tu me l'as dit, je me demande si toi, toi et toi voyez les mêmes étoiles. Ou si elles se perdent en chemin pour Rabat-Casa.
A quoi ça rime de se les geler ici, je me le demande. C'est quoi ces choix que tu as, Najlae.
A. veut aller aux toilettes au milieu de la nuit. Dix minutes à remettre nos chaussures pleines de boue. On descend le douar sur fond d'aboiements de chiens en essayant de pas se casser la gueule sur le verglas. On fantasme sur nos salles de bain respectives, sur la perspective d'une douche, à l'eau chaude, sur nos lits. Nos oreillers, on les a ramenés. C'est quoi l'essentiel, dites moi.
Khaled meurt avec la batterie du téléphone. On le retrouve après, avec un MP3 d'une centaine de chansons dans la voiture. J'en ai mal au dos, à l'heure où je vous cause. C'est pas héroïque je sais, mais c'est dépassé, mes rêves de gloire. I just want to be a guitar hero.
On a filmé des femmes qui faisaient la lessive dans un oued et elles sont venues vers moi en courant, ces ados magnifiques, pieds nus dans l'eau glacée, fonte de neige. J'ai pris les mains de cette fille aux doigts bleus. Jamais vu une hypothermie pareille. Je les ai frottés très fort. Elle riait aussi fort. De toute façon, elle allait retourner dans l'eau. Et moi, reprendre mon chemin. D'autres femmes, d'autres paquets de Tide sur l'oued, d'autres mini-dialogues. Des gosses bergers. Des lacs de rêve, mon nouveau rêve de maison, des toilettes improvisées, une voiture embourbée, un réseau intermittent du spectacle, une malnutrition chronique, toutes les joies de ce métier, interrompues pour quelques jours. Et ces retrouvailles si douces avec l'eau chaude, l'ordi, le monde des hamsters. La vie, mon frère.

Monday, November 23, 2009

Sunday, November 22, 2009

Call me when you're sober

C'est dimanche et il pleut. Cela fait si longtemps que je ne me souvenais plus what it feels like. Des monstres de vagues roulent et se font la course à la presqu'île. Les rochers ont rien demandé mais plein d'eau furieuse leur tombe dessus, pasque c'est comme ça. Deux chiens bâtards nonchalants font leur ballade du dimanche. Mohamed le gardien lit son Al Massae d'hier ou fait semblant en dormant sous sa casquette. Ayroud le pêcheur fixe la mer en se grattant la barbe, pas de poisson pour les prochains jours, pas de sous, avec l'aid qui arrive et ces Marocains qui boufferont du lion à tous les repas, Allah yi7edder salama. Un couple se dispute entre deux cabanons, je les épie derrière mes rideaux jaunes. Il a le bouc, un corps carré et court sur pattes. Elle a les cheveux rouges et un brushing qui ne tardera pas à disparaître. Il bouge des mains, elle bouge des mains. Il gueule, elle gueule. Ils vont vers la voiture, non ils reviennent. Le tango se joue en face de moi et moi, je mange de la grenadine. A la main. Je plonge jusqu'au coude dans le saladier de grenadine et je croque. L'explosion de saveur dans la bouche comme un feu d'artifice à la fois amer, sucré, liquide et pépineux. Une énigme de la nature en soi. Et tout plein de petites neuronnes qui reviennent à la vie, même si elles serviront pas à grand chose. Forrest Gump aurait dû y penser.
Et moi, moi j'aurais pas dû sortir hier. Comme l'autre fois. Toutes ces injections de nicotine dans les yeux, les cheveux, les narines. Mais surtout ces visions d'horreur. Des Lolitas de 14 ans surmaquillées et complètement paumées, une clope dans une main, un verre dans l'autre. Acceptant des comprimés bizarres de leurs voisins. Non moins paumés. Et secouant un popotin inexistant et une poitrine tout aussi inexistante sur des tubes du moment. I'm tryinna find the words to describe this girl without being disrespectful!
Dehors, sur le parking, des groupes de djeunes comme ça et une intruse: une maman en jogging, les cheveux attachés, l'air hébété, scrutant tous les petits et cherchant son bébé à elle: une ado de 15 ans qui a fait le mur. Ben non madame, c'est pas propre à cette génération, ça a toujours existé, le mur. Un téléphone sur boite vocale continue et aucune piste vers la petite. La détresse de cette femme. L'indifférence des spectateurs flying high. La nuit, ça donne la nausée à tous les étages. J'ai testé pour vous. Et je retesterai pas de sitôt, promis.

Wednesday, November 18, 2009

Encinitas, Californie


I'm waiting to be fed.

Aïe

Dans le duty-free, le coeur lourd et l'esprit embué, à essayer de lui choisir un parfum. Mais pas assez de narines pour tout sentir, trop de couleurs, trop de flacons, pas assez de peau sur les poignets, pas assez d'yeux pour sélectionner un look à fiore, pas assez de culture pop pub pour savoir finalement lesquels étaient in. Alors j'ai choisi un nom que j'aimais bien, un truc qui me rappelait que j'avais une cousine qui s'appelait Ambre. C'est beau, Anbar.
A force d'essayer les fragrances sur des petits cartons, je me suis retrouvée avec un arc-en-ciel de senteurs dans mon sac. Dans l'avion, je ne savais plus qui était quoi. Juste ce retour parfum de nausée infinie. Le retour vers les vendeurs de kleenex, la génération Clorets -du nom de leur seule hygiène buccale-, les trains aux coussins inexistants qui tirent les cheveux, les collègues hypocrites et incompétents, ... Je sais, je radote. Normal: les choses qui me rendent malade ne changent pas.
Le bonheur ne tient qu'à un fil. A retordre. On s'accroche pieds et griffes à des planches somme toute insignifiantes. Des trucs comme ça nous font mal et le chemin est bien long vers l'apprentissage de l'indifférence, dans l'amitié, le travail et l'amour. Tout vous griffe jusqu'à la moelle, y me faut un trench Burberry, c'est décidé.
Rester imperméable aux ouvriers d'Al In3ach al watani de 80 berges qui flambent au soleil, aux employés de sécurité des banques qui lavent les voitures des patrons, aux gosses qui s'accrochent à l'arrière des semi-remorques, garder le sourire face à des maladresses répétées, des mots qui sortent pas aussi facilement qu'ils le devraient, des surprises qu'on attend et qui ne viennent pas, rester de marbre devant des confrères qui nous font honte, des amitiés qui s'émiettent même si on a beau souder tous les jours un peu plus.
Mille et un trucs qui puent dans ma tête.

Monday, October 05, 2009

Sunday, October 04, 2009

Brain ride

Mon cousin Mohamed est bien arrivé en France, ma tante m'a dit. Son pétrin dans son baluchon, il a débarqué pour une formation de six mois dans une immense institution gastronomique de l'Hexagone. Une formation à 60.000 euros, au diable l'avarice quand on a la passion. Et l'argent (me mords-je les lèvres). M'en fous, Mohamed sera le prochain Fauchon. En attendant, il est dans son foyer de futurs magiciens des palais. Il a acheté une bicyclette et traverse tous les matins un paysage aussi vert que ses yeux. Je pense à lui quand je suis sur ma route, mes routes. Un jour, j'irai le voir au Ritz, à Paris. Ou à Saint-Trop. Ou à Napa Valley. J'aurai les larmes aux yeux en serrant le "chef" dans mes bras. J'en chiale des années à l'avance.
Je chiale pour Moukhtafoun, pour un gosse perdu dans un supermarché, pour une vieille qui traverse la rue, pour un tremblement de terre dans une île lointaine soudain si proche, un monsieur tient la photo de sa femme dans la main et la cherche dans les décombres, une ville pleure car elle aura pas les jeux olympiques, l'autre danse car elle l'aura, elle danse en couleurs, son président chiale comme moi.
J'ai pas chialé quand ils sont partis. Même quand Adam m'a dit: "I'm gonna miss you, tata". On s'est fait des signes de la main, des coucous pour qu'il oublie pas, même quand lui retourne voir "Jason, Jessica, Melanie and Noah" et moi mes "Rachid, Saïd, Brahim, etc". Ces trois prénoms me hantent depuis que les intersections de la vie m'ont fait croiser les trois personnages dans la campagne italienne.
Je chiale à l'intérieur. J'insomnie à l'extérieur. Je voudrais tellement que les histoires des uns et des autres restent là où ils belong; c'est à dire sur les bandes magnétiques des cassettes. Et pas dans mon cerveau déjà barbouillé. Je vous les présenterai fin octobre, si vous voulez bien les écouter. En gros, je n'ai pas sauté du plongeoir.

Meanwhile

Monday, August 31, 2009

Qu'est-ce que je dois faire?


Alea iacta est

Sunday, August 30, 2009

Season 4

Cette reprise est un véritable cauchemar. A peine habituée à l'institution du petit-déjeuner, aux insomnies permises et encouragées, aux déjeuners à 17h, à la déconnexion complète de l'actualité, aux abris de plage, à la non-navette, aux tongs portés 24h/24, au bouquinage aléatoire, aux ronrons spontanés devant les compétitions d'athlétisme, au semi-nudisme assumé, etc etc. Voici venue la saison des retours.
Mon retour, c'est d'abord l'attente du train dans cette charmante gare de Skhirat. L'été lui a été bénéfique puisqu'elle a été repeinte à la chaux. Mais personne n'a pensé au "côté jardin". Tous les jours, un peu plus de Raibi Jamilas et de bouteilles de soda jonchent la semi-pelouse bordant les quais.
Une fois à l'intérieur du train, le seul mot qui me vient à l'esprit est tze3lik, tant les tablettes sont grasseuses, les vitres embuées et les repose-tête absolument dégueulasses. Cette semaine, le train s'est -longtemps- arrêté à Bouznika, sans aucune explication, jusqu'à ce qu'un autre train quinquagénaire se gare sur l'autre voie. Les deux jeunes assis derrière moi ont emmené avec eux "leurs" coussins. Comme quoi, il n'y a peut-être que moi que ça dégoûte.
Taximan n°1 a toujours des coussins crasseux.
Taximan n°2 crache par la fenêtre.
Taximan n°3 se cure le nez pendant tout le trajet.
Commissariat n°5 flambant neuf.
Policier n°1 fait une boulette d'un brouillon de dossier et le jette par terre. Pas de poubelle en vue dans tout le bâtiment.
Policier n°2 parle au vieux monsieur qui-va-crever-sur-place comme s'il parlait à un rat domestique.
Policier n°3 essuie ses mains et celles du vieux monsieur de l'encre à empreintes digitales avec du papier bulle et en fait une énorme boulette qui rejoindra les autres bouboules.
Un trajet. Des trajets. Une foule qui se bouscule en continu. Une galaxie de hamsters endormis, comme moi. Les trois palmiers frères de Mohammédia. Un soleil de plomb et une soif en acier. Une tribu d'inconnus et de connus qui ne prennent jamais de douche. L'usine Cicalim et son odeur infecte. Un communiqué royal. Un chien qui dort. Un chat qui m'attend à 2h du mat. Un départ, des départs, vous en avez de la chance. Un passeport confisqué. Un champ de tournesols calcinés. Tes yeux. Des abeilles qui épousent des chebbakias. Des rêves turcs. Des regrets casaouis. Des projets rbatis. Wait, non, des rêves rbatis, inculqués au karcher, frottés au Mr Propre, avalés comme un médicament. Ma sitcom personnelle au Maroc, en saison 4.

Sunday, July 26, 2009

Eté 2009

J'ai rencontré une nouvelle forme de solitude et franchement, je m'en serais bien passée.
Je pensais toutes les connaître mais cette garce m'a eue, même si je m'étais bien préparée. Je te l'avais dit en rigolant, je riais jaune.
Tout est dépeuplé, c'est d'un pathétique cuisant. Cheb Abbas, après Lamartine, a su nuancer ces terribles sentiments de désarroi.
Les départs, les nôtres, sont libérateurs. Les départs des autres (pas pour l'au-delà cela dit) sont castrateurs. C'est ainsi que je le ressens. Ces drames superflus sont le propre de cette idiote invention appelée "vacances".
Alors, on se console comme on peut. J'ai décidé de partir à la découverte de mes proches, pour changer. J'ai commencé aujourd'hui par ce que j'appelle mes "petits cousins", c'est-à-dire des gens dont on se rappelle du jour de naissance, qui ont grandi devant nous et qui sont devenus ces êtres musclés, poilus, avec un permis de conduire et bientôt des revenus.
L'un d'entre eux, Mohamed, est mon préféré d'entre tous. Depuis sa naissance. C'est la douceur et l'altruisme incarnés (triplés d'une bogossitude somme toute familiale, n'est-ce pas). Je suis convaincue qu'on ne change pas au cours des années. La bonhomie est dispersée à parts inégales à la naissance. Il a raflé toutes nos parts. Je le vois, en marchant à côté de lui sur une plage bondée. Mohamed avec sa silhouette carrée et ses yeux verts, piqués dans Adobe Photoshop, j'en suis convaincue. J'avais moi-même oublié qu'il n'était plus un bébé. On a parlé comme des adultes et, l'espace d'un moment, j'avais oublié le remaniement, pour quelque chose de moins dramatique.
Et s'il rigole de me voir à la télé, je suis toute émotionnée de le voir prendre un chemin qu'il a dessiné lui-même. Il devait devenir médecin, comme sa mère. Ou ingénieur. "Ah oui, télécom c'est très bien". Y a pas mille métiers respectables pour un Benmachin, n'est ce pas. Et puis finalement, non. Il claquera des portes, sèchera des cours, traînera, se disputera, persévèrera pour devenir chef pâtissier. L'affront. Il a trouvé sa voie, dans la frénésie de l'atelier, dans sa solitude à lui face au pétrin. Je l'ai presque envié pour cette sérénité, que je cherche toujours.

Friday, June 12, 2009

Leplubop...

51

51% de participation, a dit M. Benmoussa.

Thursday, June 11, 2009

November rain


Pacific Beach, CA, last November

Minuit moins 15, 12 juin

Ce n'est pas pour rien que j'ai mis sur mon status facebook que j'étais "diving into elections shit". Doux euphémisme. Je sais que la réserve journalistique doit primer, ce n'est qu'un blog. Je ne peux pas pointer doigts et orteils vers le 1 trillion de choses qui ne vont pas. Il faut dire: c'est moi qui ai insisté pour couvrir les élections alors que tout le monde, ou presque, m'en dissuadait. Je crois que je dois étrangler à jamais mon côté d'irréductible optimisme (sous des tonnes de cynisme) qui prend toujours le dessus. Car, que de déceptions! J'essaierai d'y revenir sous une infinité de couverts d'anonymat. Mais entre les hystériques, les sauvages, les hysétriques, les sauvages, les corrupteurs déclarés, les sauvages, les incompétents, les hystériques, les analphabètes de la vie, les sauvages, les bookmakers des élections et le reste, mon optimisme ferait bien d'aller mettre un bon niqab.

Tuesday, June 02, 2009

Sunday, May 31, 2009

Hirondelles

J'ai rencontré la sérénité aujourdhui,quelque part sur la côte tangeroise,côté océan bien entendu. J'ai rencontré la sérénité,sans warning sign. Étrangement,elle parlait espagnol. D'instinct,je lui souris. Il s'agissait de ne pas rater la rencontre. Le vent était l'invite surprise,personne n'est parfait. Ici c'est le bout du monde et l'occasion méritait plus qu'une brise.
J'ai ôté mes plateformes de 15 centimètres pour être à la hauteur de la situation. Mon coeur était tous ces bateaux à la fois qui prenaient le large. Ma rage,elle,amerrissait lentement. Je la laissai dans la voiture.
Un cheval,au loin. Une aire de repos familière. Des souvenirs de rien. Des tournesols à perte de vue. Des pouces qui me disent des choses. une table de ping pong. Une maquette d'airbus. Je m'oublie,un temps.
Au placard,toutes les abjections de soi. Pas le temps.

Thursday, May 21, 2009

Conquêtes


Esperarte

L'aéroport, tous les aéroports, agissent sur moi comme un oignon géant.
C'est simple: une fois dans le lobby des arrivées, je m'empêche de regarder les gens. Je trace, poussant mon chariot, scannant l'entourage, à la recherche de la figure aimée qui m'attend.
Mais cette fois-ci, je me suis faite avoir: c'était moi qui attendais.
Je déteste ce rôle. Mais je n'avais pas le choix. Alors, pendant une heure, me voilà à scruter la porte automatique d'où sortent à tour de rôle des jeunes, des vieux, des obèses, des rachitiques, des chauves, des ninjas, des pélerins, etc.
Les pélerins sont ma catégorie préférée bien entendu. Pour les accueillir, non pas un, deux, mais au moins dix personnes. Lorsqu'ils arrivent, comme des anges éclatants, le corps fatigué, l'âme apaisée, l'auréole presque tamponnée sur le visage, c'est une distribution gratuite de baraka dans l'aérogare. J'idéalise, ne m'en voulez pas. Images des grands-parents incrustées à vie. Leur odeur aussi.
Le temps passe. Un gosse me tourne autour. Enfin, ils sont deux. L'un est tout petit, mignon, la coupe de cheveux d'une pub pour shampoing. Son frère est plus âgé, plutôt laid, porte des lunettes. Une injustice par famille est déjà insupportable. Mais lorsque le petit récolte tous les câlins paternels, c'est criminel.
Les familles éclatées provoquent des larmes immédiates. La jeune maman courant vers son bébé m'a assassinée à bout portant. Depuis combien de temps ne l'a-t-elle pas vu? Peut-être une heure. Peut-être trois jours, un mois. Qu'importe. Une séparation est une séparation.
La vue de ces êtres dont tout était dépeuplé jusqu'à ce triste hall m'achève. Comme une émission de société qui déshabille les misères des uns et des autres et dont certains se saoûlent à longueur de journée, ce sont autant de tranches de vie recomposées dans trente mètres carrés.
Le temps passe. On guette une ombre, une valise rose qu'on aperçoit lorsque la porte automatique s'écarte pour un policier, une file au loin. L'être aimé est toujours dans les intestins de la bête. Les êtres aimés des uns et des autres arrivent. Et lorsqu'ils sont là, plus rien ne compte, ni le ridicule des cris, des gestes, ni l'état de fatigue, les cheveux emmêlés, le mascara qui coule. Et ces retrouvailles toutes pudiques tricotées au silence, ces enlacements puissants mais courts, donnent toute leur valeur à ces attentes individuelles pénibles et libératrices. Que moi-même, j'ai connu.

Wednesday, May 20, 2009

Occupation


Hara-Kiri

Tant de cadavres de papillons sur mon pare-brise. C'est le printemps.

Tuesday, May 12, 2009

Effractions

Tous les jours, je vais m'asseoir à la terrasse de la maison qui n'est pas la mienne.
Je la désire de toute mon âme. Même si je le voulais, je n'en aurais pas imaginé une aussi jolie.
C'était un coup de coeur. Ca l'est toujours. Un amour d'enfance ne s'éteint pas devant mille aventures de feu. Alors j'attends que vienne le moment de me consumer entre ses murs. J'attends, ça viendra. Un amour ne s'efface pas, tout court.
Tous les jours, je regarde à droite, à gauche, traverse la rue, tends une main sûre vers la serrure du portillon, comme un amant vers le bouton de sa rose. C'est ma délivrance que j'inaugure. Je traverse le garage, mes pieds ne touchant pas terre, la bouche ouverte, pour faire entrer deux fois plus d'air: celui qui rajoute des secondes à ma vie; j'en suis convaincue.
La terrasse est mon point faible, le moteur de tous mes fantasmes. Dangereusement hallucinogène. Je vois des transats blancs. Je caresse un labrador sable imaginaire. Je sirote une citronnade qui n'existe que dans ma tête (j'en salive). Je planifie une sieste dans mon hamac du Costa Rica. Car ma terrasse a un arbre qui date de mes rêves, donc vieux. Je réfléchis à repeindre, satanée humidité. Je songe au prochain barbecue. Je m'oublie dans la vue, qui a été inventée dans cet objectif: faire des secondes des années, des siècles de dialogue ininterrompu avec mes soeurs les vagues. Aussi chevelues que moi, juste plus courageuses pour se cogner la cabesita contre de bien durs rochers. Je vois un bonheur justifié par ce toit rouge comme ma rage. Une khayma pour une pèlerine en soif d'aires de repos sur une autoroute sans panneaux. Une pelouse qu'on envie à des imbéciles aveugles, puisqu'ils ne voient pas que leur bonheur est juste là, dans un pré bleu-gris, où je me noie à déraison.