Monday, December 01, 2008

Tourisme d'hiver

Loin de l'idéal californien et plus près de la réalité quotidienne.
Une fois sur le retour, en attendant un cheeseburger bien mérité, nous nous sommes aventurées dans ce temple de la consommation qu'est le supermarché. Je rêvais de camembert et de tortilla chips. Du chocolat. Qu'importe. Qu'on se sente vivre.
Ce n'est pas de l'ingratitude pour les tajines avalés brûlants et préparés par de savantes mains, là-bas dans les montagnes, mais comme dirait l'autre, c'est une autre histoire d'amour. Ce soir-là, nos corps réclamaient du fast-food.
Nous mangeâmes en silence. Ait Abdellah n'était pas loin. Le petit Yassine trotte probablement toujours dans la maison avec ses nounours dans les bras. Il doit être le seul gosse du village à avoir des nounours. Ce n'est pas grave. J'espère seulement que les autres gosses ont des réchauds chez eux. C'est un euphémisme de dire qu'il fait froid. Pourtant, il se trouve toujours un groupe de jeunes adolescentes drapées de noir et assises contre une maison, à observer la route.
Ici, l'électricité est arrivée tard. Et grâce à des étrangers. L'eau est à la pompe. Ce qui veut dire qu'au-delà d'une certaine heure, c'est cuit mon bibi. Nous ne faisons que passer. Un jour. Peut-être deux, ou trois. Pour lhajja, ça fait quarante ans, ça s'améliore, mais elle voudrait bien bouger.
Bouger. C'est ce qu'on fait des milliers de gars de la région. Vers Casa. Marrakech. D'autres villes. Bosser dans des épiceries, pour la plupart. Vous ne croiserez que des femmes dans les vallées et les montagnes. "Ou des bras cassés", a dit M. Lhaj.
Finalement, les indices de développement ou de sous-développement sont palpables. Point besoin d'études de cabinets réputés. Tant que les hommes sont poussés par la misère à s'arracher à leurs terres pour travailler dans des 7anoutes poisseux dans la métropole, on peut se gargariser à longueur de journée sur le développement durable.
Il a commencé à neiger alors qu'on finissait une séquence. Ca ne s'est pas arrêté. Les pistes -déjà difficilement praticables- deviennent totalement impraticables. Nous sommes partis. Ils sont restés. Combien d'Anfgou dans ce pays...

5 comments:

waaayli said...

et moi qui suis si frileuse et qui n'aime pas trop me couvrir... qu'irais-je faire là bas dis moi ? :))
je préfère ma couette finalement et pourtant je ne peux que t'envier d'aller à la rencontre des gens, à l'encontre du confort...

Najlae said...

ma chère waaayli,c'est pas par héroïsme qu'on va à l'encontre du confort,tout le monde préfèrerait rester chez soi et notre gloutonnerie à notre retour ne fait que confirmer ce que je dis :)) mais de par ton métier,il y a bcp de choses que tu pourrais faire là-bas (suis mon regard) et où tu serais bien plus utile que moi:p
BISOUS COUETTéS!

waaayli said...

heu... je veux bien sacrifier ma couette pour un moment... rien que le temps d'une compagne... j'espère que Badou ne se plaira pas à m'y expédier de force et indéfiniment...

waaayli citadine et lâche! :p

Superfly said...

Hear, Hear!!!
I hear you.

Kamal said...

quand tu dis "developement durable" dans l'avant dernier paragraphe, tu veux dire "humain"?
C'est qu'on lit, en tout cas... ;)