Tuesday, January 27, 2015


Des trophées et des hommes

Je suis arrivée bien en avance à la soirée de gala. Assez tôt pour trouver une place de parking à moins de 500 mètres. Pour changer. Il pleuvait et j'avais oublié mon bonnet, volé à ma mère. Un truc panthère que j'ai insisté pour porter (dans la voiture seulement) genre je suis une femme et je suis arrivée à l'âge où on porte des trucs félins dans la légalité de la sphère professionnelle.
Les gars de la sécurité, restés bloqués dans une autre ère, celle des tentes caïdales probablement, n'ont pas accepté ma e-invitation, pourtant identique en texte, en couleurs et en formes au carton-modèle qu'ils tenaient en main.
Je dépasse le lieu du cocktail VIP de bienvenue où ça networke à mort. A une demi-heure de l'heure du début des festivités, il n'y a que moi dans la salle de la fiesta. Moi, l'orchestre blasé et trois gars chauves et semi-chauves du comité d'organisation. Ca gueule, ça gesticule et ça s'éponge le crâne.
La maitresse de cérémonie arrive dans un caftan de circonstance. Le chauve-en-chef lui explique ce qu'on attend d'elle en trente secondes et s'énerve que le résultat ne soit pas à la hauteur de ses attentes.
Deux "jeunes leaders" en ceintures griffées et en pantalons très très slim s'affairent sur le seating du premier rang, satisfaction aux lèvres. J'ai la nausée de penser que demain, peut-être, ils seront ministres. D'ici-là, mon nom sera sorti dans la loterie de la greencard, j'espère.
Bientôt on fera entrer des groupes de mal fagotés, il est écrit sur leurs visages qu'ils ne sont pas VIP, qu'on leur a donné une invitation collective, pour faire des économies sur les cartons. Certainement des familles de gens qu'on a perdu en cours de chemin. Et il fallait bien..
Une fois les gueux installés, les VIPs entrent en petits groupes, précédés et suivis par un cortège de photographes en manque d'événements.
Quelques VVIP (very very) sont encore dans le couloir, genre on a des transactions d'un milliard de dollars à boucler là, tout de suite, et on ne peut pas rentrer. Je suis pendue au téléphone. Je me fais apostropher gentiment par un ancien ami de la presse devenu je ne sais pas trop quoi aujourd'hui. Il me présente son ami, un ponte de la jaliya de Paris. Très vite, il me demande si je suis Charlie. Comme si j'allais dire à un inconnu ce qu'il veut entendre. Il est trop resté en France. Il ne sait pas qu'au Maroc, on te dit tout ce que tu veux, sauf ce qu'on pense exactement. J'ai esquivé maladroitement. La soirée a commencé. La maitresse de cérémonie s'est emmêlée les pinceaux, comme prévu. On a rendu hommage à des morts. Un gars de la famille d'un mort a prononcé un discours sur ses valeurs. Je me souvenais de ce gars qui était supposé être mon collègue là où je bossais, sauf qu'il n'est jamais venu, même si son salaire atterrissait dans son compte en banque.
Puis on a rendu hommage à des gars qui avaient pas besoin de nos hommages.
Puis on a rendu hommage à une Soulaliya pour son combat. Sa famille a applaudi très fort. Et elle, sincèrement émue, était heureuse de serrer son trophée contre elle. Et moi je lui souhaitais pas d'hommage. Je lui souhaitais juste d'avoir sa terre à elle, son dû. Qu'on lui raconte pas de bobards. Qu'on se raconte pas de bobards.
Je sors prendre l'air et me retrouve enfermée dans les toilettes car le palace 5* ne répare pas les poignées de ses portes. Je suis sauvée par une gueule d'ange aux escarpins très hauts et très chers (je les ai vus dans L'Officiel et chez Bella pelle). Son prénom me dit quelque chose. Vous êtes...? que je m'entends lui demander, en ex-journaliste. Oui oui, écarquilla-t-elle les yeux mascarés. Vous avez entendu parler de moi? J'aime bien ces petites phrases qui vous renseignent sur l'autre dès l'étape du prénom. Trois minutes plus tard, nous étions amies sur facebook, on a fait un selfie dans le miroir des grandes toilettes et je la confiai à un politicien en soif de come-back qui la dévorait toute crue des yeux.
Je retournai à côté de mon amie militante culturelle. Je compatis à sa persévérance et à son combat même si j'ai envie de pleurer au résultat quantitatif de l'assistance, insensible à la qualité des rencontres.
C'est le brouillard dans ma tête pour la fin de la soirée. On s'est éclipsées à la photo de groupe finale. Les photographes et l'assistance se sont rués sur des petits fours qui arboraient une imitation réussie du foie-gras, performée par du thon mais facturés au prix du caviar.
On est harcelées par un des photographes pour "acquérir" un CD avec les photos de la soirée. Si ça vous intéresse, j'ai tout pour vous: des gloires nationales, une présentatrice encaftanée, des journalistes -enfin- makhzénizés et même des futurs ministres. Un beau diaporama du présent...et de l'avenir.


Monday, December 15, 2014

Beyond words


Blue grass

J'ai pas de chance. J'ai vraiment pas de chance. Je me suis toujours dit que j'avais pas de chance. Je trouve que les autres étaient toujours mieux nantis que moi. Ils étaient plus forts en maths ( -(2.+8)> -14), ils étaient plus forts en physiques, ils étaient plus doués en sciences, ils couraient plus vite, ils sautaient plus haut, ils marquaient à tous les coups, ils rataient pas leurs smashs, ils volaient à la volée, ils avaient leur permis du premier coup. Ils mangeaient moins, ils poussaient plus, ils étaient plus minces, plus élancés.
Toujours ce poids au-dessus de ma tête. La dernière dans la file d'attente. Le train en retard le jour d'un rendez-vous. Pas le temps pour un brushing le jour de LA réunion importante. Un bouton de fièvre monstrueux le jour de mon mariage. Un tonnerre d'enfer et le déluge le jour de mon mariage, d'ailleurs. Une grève au tribunal le jour de mon mariage, d'ailleurs. La cinquantième patiente chez le médecin. Pas la gueule à sympathiser avec l'assistante ni à la soudoyer. Il doit bien y avoir un truc contre ça. Lire ayate al kourssi 77 fois. Ou al mou3widatayn au réveil et au coucher 33 fois. Ou se verser du sel sur la tête. Ou adopter le feng shui. Ou chebba et al 7armel dans le zip du Fendi jaune canari. Quelque chose pour changer le karma. Pour se sentir fab. Pour ne plus couiner et pleurnicher. C'est bon de dire qu'on n'a pas de chance. C'est rassurant de dire qu'on mérite mieux. Qu'on mérite plus. Hein que je mérite mieux? Que je mérite plus? Ceux qui t'aiment te diront que oui. Voilà la définition de quelqu'un qui vous aime: quelqu'un qui est bien d'accord que vous ayez plus. Ben oui! Légitime, signé, légalisé, approuvé, encouragé. Le beurre, l'argent du beurre et tout ce que vous voulez en supplément. Des cristaux de sel. Du tabasco. Du beurre de cacahuètes. All yours.
Réflexion faite, ce n'est pas le moment de changer, d'être positive. D'être reconnaissante. D'être sensée. Car sinon, que vendrait-on de soi? Comment justifierait-on un blues, une cigarette sur le balcon, une rage irraisonnée et permanente, une gorgée de Gazelle, un besoin de câlins sans occasion, un hangout du bout de la nuit,  un billet acheté à la dernière minute, des mensonges mi-blancs mi-raisin, tous les tons de gris qui font que cet hiver, c'est l'étanchéité de nos coeurs qu'on devrait refaire.

Sunday, November 30, 2014

That swell inside


Naouras

My Chocolata is bitter because of a mérou.
Il a fait le meilleur berrad d'atay du monde. Ce berrad faisait office de bouquet de roses, d'accueil VIP, de sign back, de ronron de chaton. Je fonds en ce chocolat.
La palette chromatique de la route n'a dépassé le blanc-gris que pour m'enfoncer dans le terre.
Il est loin le ciel dakarois, les mains moites, les 4 douches par jour, le banc devant la mer.
Il paraît que le poisson du Sénégal est plus tasty que le nôtre. Je ne saurais ni confirmer ni infirmer cette supposition. Je ne saurais qu'affirmer le manque d'appétit qui a prévalu. La faim qui ne part pas en mangeant. Le besoin du berrad d'atay.
On trouve pas les mots quand on a besoin d'eux.
Je suis fascinée par l'attitude de la personne en groupe. On a peu de temps, alors il faut se vendre. Il faut dire, avec peu. Alors on a soigneusement sélectionné ce qu'on allait dire, on l'a enrobé dans de la pseudo-spontanéité maintes fois répétée. On a donné juste assez pour attiser cette curiosité somme toute factice.
On a sauté dans des taxis, on a marchandé pour 1 dirham, on a mangé de la pastèque dans la rue, on a dormi dans des transats dans une marina désertée, on a donné le suc de notre moelle en trois mots, juste assez pour classer, acquiescer, comprendre, aboutir à un sourire, de l'empathie ou de l'indifférence.
On a gardé sur soi, les empreintes des uns et des autres, passagères ou indélébiles, qui réchauffent un jour de pluie.

Saturday, November 29, 2014

FMDH: Vu, entendu, ressenti

Je n'ai jamais été une fan de la montagne, des paysages de la montagne, de l'air de la montagne.
Ce matin, j'ai reçu le lever de soleil sur les montagnes de Marrakech comme une claque dans la gueule. C'est qu'on se rend pas compte quand notre cerveau est engourdi par des mois de conneries.
La beauté, la beauté ça vous fait vous sentir tout petit.
Avec le tailleur, j'ai gardé les chaussures que je porte d'habitude au ski. Je suis la seule non-badgée du troupeau. Le froid te réveille et t'anesthésie. La salle est énorme. Car on ne sait pas se parler entre nous. On sait discourir, faire des pastillas pour 20. La salle est énorme, non on ne sait pas se parler entre nous. Elle porte le nom de Kacimi. Je pense à son atelier. Je regarde des djeunes prendre des photos avec l'affiche "droits de l'enfant". Ils sont beaux, ils sont contents, ils font des coeurs avec leurs doigts. Ils ont pas 20 ans, ils ont pas 18 ans, mais ils ont fait le forum mondial. Ils vont écouter d'une demi-oreille, regarder d'un demi-oeil, prendre d'autres photos avec des gars en costard dont le visage leur dit quelque chose. Je sors de Kacimi. Des foules de non-réveillés arrivent par vagues. Un nuage libanais polyglotte me dépasse. Des paires de gens qui ont partagé un combat, une cellule, un bout de chemin traversent. On veut parler des droits de l'enfant. Non, on va aller défendre les femmes contre la violence. Viens on va protéger les droits des personnes âgées. Deux journalistes ne quittent pas un gars qui marche tout seul. Ils le mitraillent de tous les angles. C'était un athlète, une star, un demi-dieu. Aujourd'hui, c'est un ambassadeur de bonne volonté. De beaucoup de bonne volonté.
Marcel Khalife s'avance avec une écharpe bleue autour du cou. Qu'est-ce qu'il a l'air blasé. Et toutes ces femmes qui veulent se prendre en photo avec lui. Et tous ces hommes qui veulent se prendre en photo avec lui et qui le regardent comme des femmes. C'est quelle salle déjà? Celle-ci. Non, celle-là. Il tourne et retourne et derrière lui ce cortège mille-pattes.
Les féministes arrivent. Les malvoyants arrivent. Les nains arrivent. Les gars de la sécurité font semblant. On se prend au sérieux. J'embrasse Kamal Lahbib. J'embrasse la Soulaliya. J'embrasse la Sahraouia. J'embrasse la journaliste. Je descerne le trophée du militant. Marocain; Tunisien. Brésilien. On est dans la compassion. On est dans l'empathie. On est dans la colère. On veut mieux. On veut plus. On tire sur l'organisation. On tire sur le Maroc. On veut bien être invité dans un 5 étoiles mais faut pas trop le dire car on milite. Les journalistes écrivent mais je ne sais pas sur quoi car ils ne sont pas dans les salles. Et ils ne font pas d'interviews. Pourquoi faire?
Il pleut et les gens en chaise roulante doivent se taper toute l'allée. Y a personne pour leur tendre un parapluie. Les malentendants gueulent. On est bien ensemble. On y croit. Et juste ça, ça me suffit.

Thursday, January 05, 2012

Meanwhile, Elsewhere


Arnakech

Le plus grand des changements dans ma vie ces dernières années a été mon déménagement, plutôt mon emménagement à Marrakech. Le séisme dans la famille rbatie-slaouia n'a toujours pas été digéré. Chaque passage de 24 heures max à Rabat et retrouvailles occasionnelles avec parents/ connaissances donne lieu à des "alors, wellefti?" et des incontournables "quelle chance de vivre à Marrakech"! Bien entendu, les connaissances lambda me projettent clairement vivant dans un somptueux riad, avec vue sur une piscine à vagues, servie par une armée de serviteurs attentionnés et trilingues et dînant au Palais Soleiman tous les soirs. Ou alors, lorsque je précise que je vis à Guéliz, me voilà à proximité -la bienheureuse!- de Zaza, Manto et Promov, les enseignes tip top fashion, donc forcément je ne peux que savoir si les soldes ont commencé. Et bien évidemment, l'air frais, pur, unique de Marrakech, l'aspect cosmopolite black-head free des lieux chan-brés et le nombre innombrable justement de pubs, boîtes, restaurants. C'est bon de vivre dans une véritable Mecque touristique internationale et de croiser Shakira, Messi ou Carla Bruni.
Mais je suis la première à me demander pourquoi ces stars choisissent justement Marrakech pour venir passer leurs vacances.
Mis à part le soleil -et il ne s'est pas fait très doux dernièrement!- il fait de moins en moins bon de passer du temps à Marrakech. Rien que pour cette dernière année, il m'a été donné de constater une détérioration continue de l'environnement. La circulation est devenue infernale, même hors heures de pointe. L'air est par moments irrespirable tant le trafic génère de pollution. Les vélos qui faisaient le timbre spécial des rues marrakchies ont pratiquement disparu au profit de motocyclettes et scooters. Conduire à Marrakech relève du slalom olympique entre les différents obstacles. Entre ceux qui vont en sens interdit, ceux qui brûlent les feux, ceux qui dansent entre les véhicules, les agents de circulation ont baissé les bras. Et moi avec.
Pauvres touristes! Déjà qu'ils étouffent. Soudain ils sont harcelés par mille mendiants, en plein milieu d'une zone à 25.000 dirhams le mètre carré. A moins de vous faire draguer par une gamine de 14 ans surmaquillée (vu et revu). Quant à ceux qui viennent d'autres cieux habitués à avoir la priorité en tant que piétons, ils déchantent très vite. Combien d'entre eux ont failli se faire écraser par méconnaissance des us et coutumes routiers marrakchis. Et à chaque carrefour, des montagnes de détritus débordent des bennes et se jettent sur les trottoirs là où, vous, moi, essaieraient de marcher en évitant les fous du volant et les amoureux du klaxon. Mais là encore, il faut vous boucher le nez car des armées de gens pressés ont dû uriner contre de pauvres palmiers défraîchis. Par terre, des pavés qui n'auraient jamais dû être placés là suintent de saleté. Et essayez de sortir vos neveux en poussette, l'accessibilité est quasi inexistante.
Après tout, que demande-t-on, en vacances? De la propreté, des gens civilisés, des toilettes potables quand l'urgence s'en ressent. Les trois sont rarement disponibles ici. Quant au volet de la restauration, je suis ouverte à toute suggestion de restaurant dont le prix du plat ne dépasse pas les 200 dirhams et dont vous ressortez au moins satisfait. La plupart du temps, les gérants sont dans la logique du touriste "frappé jusqu'à ce qu'il saute" qui ne reviendra pas pour se plaindre de toutes façons. A moins que vous n'aimiez la bouffe, l'ambiance et le circuit de Jamâa Lafna.
Je nous souhaite une meilleure Marrakech. Pas seulement pour les touristes étrangers. Juste pour vous, moi, nous. Moins de boutiques de luxe, de riads de rêve, de DJ mondiaux. Ou si, gardons-les. Et ayons le basique, à côté. 

Friday, October 28, 2011

Mississipi Blues

Kadhafou, les archives

Je n'ai vu aucune photo/vidéo de l'assassinat de Kadhafi. Mon cher et tendre m'a dit qu'il y en avait une où on le montrait avec un bâton dans le cul. On a reproduit sur lui ce qu'il a fait subir à son peuple pendant cette éternité qu'est 40 ans de pouvoir. Il a pompé sans soif, a confondu ses comptes avec ceux du bled, a maintenu le pays dans un coma sans réveil pendant que ses gosses cumulaient yachts et lubies footballistiques. Il l'emportera pas en enfer.
Mon mépris pour Kadhafi tient également au fait que je l'ai vu en personne. C'était en avril 2004 et je vivais à Bruxelles avec Lamia. On était accréditées aux institutions européennes ce qui nous a permis de vivre des moments intéressants à l'époque, entre autres l'élargissement à 25. Berlusconi, Chirac, Blair, Verhofstadt donnaient des conférences de presse auxquelles on se précipitaient jusque tard dans la nuit.
Un jour, lors du brief quotidien de la commission Prodi, on nous apprend que Kadhafi sera bientôt en visite. Nous étions incrédules. Mais bien sûr, le pétrole (et accessoirement la pêche) augmentent la côte du plus infréquentable des tyrans. La rumeur allait bon train à Bruxelles. On disait que le colonel allait installer sa fameuse tente, sa khaima itinérante, dans le parc du Cinquentenaire. Qu'il ramenait avec lui ses fameuses amazones. Qu'il se déplaçait en convoi extraordinaire et que ça faisait belle lurette qu'il n'avait pas visité l'Europe. Le jour J, la salle était sans surprise comble. Devant nous, un Prodi au summum de l'hypocrisie, qui cherchait ses mots pour exprimer la volonté de l'UE d'instaurer une sorte de coopération avec la Libye, jusque-là inexistante, sans avoir l'air du porte-parole de l'ancienne puissance coloniale. Face à lui, un invité complètement absent. Ou shooté. Kadhafi était vêtu d'une gandoura sable, si je me souviens bien, était mal rasé, avec des cernes jusqu'au menton et était entouré de ses femmes gardes du corps. Il commençait une phrase, promptement traduite par l'interprète puis...rien. Il se passait deux, cinq minutes sans qu'il la termine. Prodi était dans l'embarras le plus pur. Les journalistes pouffaient de rire. C'était une plaisanterie européenne.
Entre reporters du monde entier, deux se firent remarquer pendant la conférence-même. Ils étaient à la recherche de femelle journalistique et glissaient à toutes leurs cartes de visite dans les mains en lançant "come visit us tonight". L'un d'eux était le correspondant d'Al Jazeera à Tripoli. Leurs cartes portaient le nom de leur hôtel et le numéro de chambre. C'était peut-être dans la tradition journalistique libyenne. J'ai un seul regret : ne pas leur avoir craché dessus.

Wednesday, September 08, 2010

Triqna


Inchallah.

A thousand blessings

11 Août, une dernière teghmissa dans l'eau..
C'était le dernier coucher du soleil avant le mois qu'on sait. Toute la ville s'est donnée rendez-vous pour faire ses adieux momentanés en bonne et due forme. Mauvais plan. Mes pieds ont peiné à trouver du sable dénué d'une présence humaine. Mes yeux voyaient un peuplement d'olives sur la plage. Je retenais mon souffle: c'est seulement dans ce pays que je trouve que les gens puent à la plage.
Pour nous faire souffrir encore plus, l'eau s'est faite douce, si douce. Pas tellement fraiche. Pas grave. J'ai fait la planche, longtemps, essayant de garder mes oreilles sous l'eau, pour pas entendre le reste. J'ouvre les yeux, c'est bleu, c'est jaune, c'est pâle, c'est foncé, c'est brumeux, c'est clair. Le croissant au beurre noir pointe son nez. Plouf.
Il faut toujours une restriction pour donner toute sa valeur aux choses. J'aurais dû descendre sur la plage plus souvent. J'aurais pu descendre plus souvent. Chaque année, c'est le même refrain. Et les mêmes oreilles tirables à souhait.
Et puis l'horloge a couru. Des nuits insomniaques se sont succédées. Une maman un peu trop poule nous a nourris avec nos yeux collés de dodo. Des journées de glandage ont honteusement été comptabilisées comme des journées de travail. Des voyages en train ont été faits dans la somnolence. Des repas ont été pris dans la gloutonnerie totale. Des plaintes quotidiennes ont été répétées: soif, soif, sommeil. Des chichis superflus, pour sortir le pus de nos faiblesses présumées.
Finalement, ce mois a été celui de toutes les Barakas. Comme l'avait prédit ma chouafa préférée. Se réveiller au sobh pour une dose d'amour en est la première.
Et bientôt, demain, une nouvelle inauguration de l'été, une renaissance, un autre début, le bonheur des choses qui ont une valeur.
Vraiment, vive Rebbi.

Wednesday, June 30, 2010

Pavillon très bleu


F khater le passé, le présent, l'avenir.

Douar Scouila

Je suis tellement heureuse car, lorsque je sortirai dorénavant de la gare de Skhirat, je ne verrai plus les troupeaux de jeunes à la sortie du lycée du coin.
Faut me comprendre: je traîne une longue journée de GRrrr et de ARGHHH durant laquelle je me suis retenue ô combien de fois de ne pas crier, de ne pas frapper, de ne pas exploser, de garder la foi. Je dois encore me taper la jolie virée dans le joli train tout blanc. J'arrive à cette charmante gare de Skhirat et voilà que je dois endurer la vue d'ados qui me remplissent de désespoir quant à l'avenir de ce pays. Le problème, c'est que je n'exagère même pas. Ou si j'exagère, c'est que mon pays a bien changé en 12 ans.
Flashback. Le collège/lycée dans lequel j'ai grandi ressemblait à une prison, que ce soit par le bâtiment ou par l'administration. On avait une peur bleue de Si Lmfaddel, le recteur. Nos tabliers étaient boutonnés jusqu'au menton, nos manches bien longues, nos chaussures bien propres, nos jupes jusqu'aux chevilles, notre respect pour les profs, pour l'établissement, infini. On ne savait pas ce que ça voulait dire, traîner devant la porte (jvous jure, les zamis peuvent témoigner). Dar, lmadrassa, w salam. On avait deux heures de libre? Nous voilà à la bibliothèque à faire des adaptations de pièces de théâtre, à lire dans le calme, à faire nos devoirs une seconde après avoir quitté le cours. Le reste du temps, basket, volley, etc.
Le jour où j'ai été "suspendue" de l'école, avec un groupe d'amies -devenues toutes de brillantes ingénieures- c'était car on s'étaient permises de jouer aux cartes dans l'enceinte du lycée (dans la jrida, gentiment et sans bruit). Nous avions pleuré comme des madeleines d'être des fauteuses. En classe, c'était les jeux olympiques. S'il y avait une ou deux kassoulas, c'était une erreur de la nature, elles étaient les meskinates. C'était un problème génétique, ou familial, un divorce, une mort ou quelque chose comme ça. Mes camarades étaient des filles exceptionnelles, autant en physique-chimie qu'en tarbiya nisswiya.
Aujourd'hui, c'est à peine si on ne m'agresse pas à la porte de ces lycées. Les chabab, filles et garçons, se jettent dessus, se lancent des pierres et des mots encore plus nocifs que des pierres. On porte des choses de volumes bizarres, les tabliers sont plus courts que les tee-shirts. Le maquillage ne peut être que bleu ou rouge, les lunettes de soleil jamais sur les yeux mais sur les cheveux, les jeans à une taille en dessous, minimum, garçons compris. Même l'invention appelée cartable n'a plus sa place, la "trousse", je me le demande. Suis vieux jeux, que voulez-vous. Mais ce sont les paroles qui m'assassinent sans pitié. La darija -appelez ARB!- se tient dans leurs palais, sur des béquilles. Les mots sont étranges, les insultes omniprésentes, le contenu inexistant, fa ma balouka bil arabe et français, les deux langues étrangères étudiées. J'essaie d'imaginer quels métiers ils pourraient exercer plus tard, de quels métiers ils rêvent, à part d'être les Alejandro et Peregrina de la future série de 18h. Je vois pas. Piloter des avions? Inventer des vaccins? Militer pour les droits de l'homme? Devenir des athlètes de haut niveau? Devenir des parents de haut niveau? Planter la terre? Mouahahaha (dixit Mimi).
Là, ils auront plusieurs mois de vacants pour apprendre la darija devant la télé et essayer les couleurs des mèches de Maria Mercedes. Mais je parie que les plus contents, ce ne sont pas les élèves, ce sont les profs. Heureux d'être dispensés de certaines têtes pour quelques mois. Débarassés, non, car ils seront de retour, les redoublants. Les autres, les qerraya, cacheront soigneusement leurs relevés de notes à leurs potes, pour pas être exclus du cercle social, comme si c'était devenu une insulte d'être bosseur.
Derrière le dos de tous, des parents dépassés viendront supplier l'agent de sécurité de percer le mur administratif pour eux pour s'enquérir des résultats du petit dernier. Des fonctionnaires peu scrupuleux prendront le temps de voir les relevés de notes, surtout ceux de ceux qui ont réussi. Ils iront frapper aux portes des uns et des autres, annoncant, le visage fermé, qu'ils ont échoué à leurs examens, mais promettant qu'"il y a un espoir", pour récolter quelques billets de la dernière chance, congé oblige.
Gai, Gai, l'écolier...!

Wednesday, June 16, 2010

Source du Nil


Aïe technology

Après des mois de disette, j'ai un nouvel ordinateur. Neuf, beau, grand, avec des touches qui ressemblent au mac (snif), un milliard d'espace de stockage, une imprimante sans fil, bref, le bonheur d'une créature connectée. Sauf que voilà, je n'ai pas envie d'y stocker quoi que ce soit. Même pas transférer de photos, même pas de musique, même pas de documents XYZ d'avant. Rien. Il n'y a sur le bureau que les dossiers des dernières photos téléchargées, les vacances, les évènements, l'instant. "L'instant, c'est tout ce qui compte", m'a dit Rouicha, ses yeux enfoncés dans les miens, lumineux car aveuglés par la minette, citant Ilia Abou Madi. Les deux ensemble ne peuvent avoir que raison. Moi qui donne trop de valeur à un cahier de souvenirs de sixième, des petits objets insignifiants, des lettres devenues transparentes, basta. Les données attendront une crise de nostalgie. Même ma musique, à laquelle je tiens tellement, je n'en peux plus de l'écouter. Mes oreilles savourent avidement la playlist de Durrell, fraîche comme une eau de cologne.
J'ai l'impression d'étouffer dans ce Maroc. Ce sentiment est constant, quel que soit l'endroit, la ville, l'occasion.
Ces dix derniers jours, je couvrais le festival de Fès des musiques sacrées. Pareil: peu de plaisir avec les spectacles. L'irritation habituelle aux égards zélés donnés à certains, surtout ceux avec des passeports bordeaux, des égards souvent injustifiés pour certains. La colère de l'amateurisme avec lequel sont gérés tellement d'éléments, dont la sécurité. L'abjection de certains comportements d'un personnel sensé vous faciliter la vie. Le désespoir de voir tant de misère, dans la médina surtout. La vue de tant de vieillards -aveugles, handicapés, séniles- qui devraient être sur les Champs-Elysées fassis à siroter un jus d'orange bien frais, pliés en deux à balayer les rues, vendre des souvenirs -au mieux- ou à mendier péniblement, m'ôte le charme de toute ballade. Ce pays baigne dans la misère. Si elle n'est pas matérielle, elle est humaine, intellectuelle.
Même dans un pays comme l'Ouganda, j'ai été complexée de voir que chaque pâté de cabanes avait son école primaire ET son collège, que des crèches existaient à chaque coin de rue, que le service dans les hôtels et les restaurants était irréprochable, parfait.
Bien entendu, chaque pays a ses problèmes, ses points forts, je ne dis pas le contraire. Mais un Maroc sans misère et avec plus d'enfants dans des écoles comme il faut, qu'est ce que ce serait bien...Avec ou sans festivals cinq étoiles.

Tuesday, March 02, 2010

Black Mountain Side


Match amical

Ce matin, dans le train, je l'ai encore vu. J'étais penchée sur mon bouquin, sponsorisée par la précieuse, l'irremplaçable Sun Li, j'étais bercée par Jobim et Sinatra, l'estomac calé par un ptit-déj inhabituel. Et là, à travers les notes bossa, j'entends le grincement de la porte du wagon. L'hippopotame, dans son costard gris et ses lunettes carrées, avançait vers un des sièges. Lentement, il disparut de mon champ de vision.
Il y a un mois, je monte dans le train, bondé comme d'habitude. Je m'assois au premier fauteuil libre que je trouve, face à deux gentlemen. Le passager de droite, costume gris, chemise blanche, me fait vraiment penser à un hippopotame (apologies to hipos). Tout en lui est volumineux, sa voix est grasse, sa bouche bleue, son regard -assurément séduisant- caché par des lunettes de soleil carrées et complètement opaques. L'homme de gauche, lunettes de vue, chaussures crocos et écharpe stylée, on l'appellera le crocodile, aka Timssa7.
Je me plongeai dans je ne sais quel canard-qui-salit-les-mains, mais la discussion de mes voisins ne tarda pas à me déconcentrer complètement. C'est que les deux compères font tout pour se faire entendre du conducteur du train.
"Bla bla foot bla bla voyage bla bla souvenirs excellents bla bla". J'ai arrêté de lire. Je les ai fixés. J'ai écouté.
Hippo: Ah un match qu'on avait regardé dans un pub irlandais à Londres. Manchester contre Liverpool. Chaque fois que Manchester marquait, on explosait de joie. Chaque fois que Liverpool marquait, re-explosion de joie. Ils ont rien compris. C'était génial!
Croco: Ah j'adore Londres, le shopping, l'ambiance, quelle ville extraordinaire. Je reste toujours au même hôtel; une pension sympathique, décorée avec des bougainvillées.
Hippo: Ah non, faut que je te file l'adresse de mon hôtel, le vrai luxe à 180 £, une merveille! Quelle déco, quel emplacement. Laisse tomber ta petite pension a sahbi!
Moi, Londres, ghadi maji liha, je dois y être allé chi 60 fois. L'Algérie aussi 60 fois. La Tunisie et la Libye chi 30 fois. J'arrête pas de bouger.
Croco: Ah non, moi pas à ce point, mais j'y vais dès que je peux.
Hippo: Mais tu devrais y aller plus souvent a sahbi, pour lézaffaires. Ton domaine, les réseaux, c'est en pleine expansion. Y a plein de salons.
Croco: Vrai, vrai...
Et là, Croco se voit perdre 0 à 1 face à Hardy. Alors il tente de se plonger dans le premier quotidien économique du royaume. Page 3: un article sur la marina de Casa. Trop belle l'occase, pour l'hippo, il bondit de tous ses kilos: "aaaah tu devrais acheter un appart là, 28.000 dirhams le mètre carré, c'est un excellent investissement!".
Croco: Ah non, c'est un peu cher.
Hippo: cher? Capital Invest a pris tout un immeuble, peut-être même deux! N'hésite pas, prends!
Croco: wa prends-le, toi.
Hippo: Ah non, moi ma priorité maintenant, c'est la maison de plage. Je viens enfin de trouver le terrain de mes rêves, à Bouznika. Entre deux villas, la première à 6 milliards et la seconde à 7 milliards. Entre les deux, face à la mer: ma future baraque.
Croco est à 0 à 2. Il tente de se ressaisir: Tu n'es pas venu voir ma maison! Je l'ai complètement transformée. J'ai ramené une architecte dont j'avais vu les travaux dans un magazine. J'ai réussi à la joindre. Je suis le premier particulier avec qui elle ait accepté de bosser! Le résultat est simple et sublime!

Hippo : moi aussi j’ai fait refaire ma maison, figure-toi. Et j’ai laissé l’architecte s’occuper même de la déco. Car je me suis dit : si elle l’a imaginée vide, c’est qu’elle doit l’avoir imaginée pleine ! C’est toi qui dois passer me voir d’abord !

Croco : Je passerai inchallah.

3 à 0.

Je me disais que c’était la fin du match. Que nenni. Voilà l’hippo qui rebondit en parlant du nord. « Tu te souviens quand je t’ai croisé à Marina, l’été dernier ? Tu m’avais dit que tu allais passer, tu n’es jamais venu, tu as eu tort ! Ma maison était incroyable. Le golf, la mer, chez moi !

Croco : Wa je n’étais qu’en escale, je suis parti le lendemain pour Puerto Banus, je logeais les pieds dans l’eau, face au port. C’était extraordinaire !

Hippo : c’est trop plein Marbella, je préfère ne plus y mettre les pieds.

Et là, pour la première fois, j’étais heureuse d’entendre la voix délicate annonçant la charmante gare d’Aïn Sbaa. Je pris mes cliques. Croco me lança un : « صدعناك شويا آ لالة؟ »

Je traçai direct. Pendant les jours suivants, je pris la voiture.

Monday, January 25, 2010

Sweet Home Tislite

Dias de Enero

L'application MP3 dans le téléphone portable est sans doute une invention à l'intention des journalistes. Une fois que vous vous retrouvez dans une zone sans réseau, sans électricité, sans TV, sans récepteur radio, sans Monopoly, sans Cranium et assimilés, lorsque vous avez écumé toutes les blagues salaces, que vous avez râlé contre cette augmentation qui arrive pas, que vous avez -malgré vous- rattrapé votre retard sur toutes les histoires de fesses de votre boîte, que vous avez entendu les anecdotes de tournage des autres, que vous savez tout sur les mouvements bancaires de vos collègues, sur l'état de leurs crédits, leurs souhaits les plus fous en matière de voitures et de pourquoi ils achèteront diesel, une fois que vous avez entendu le rapport sur les différentes offres en logement économique de Bouskoura à Mohammédia, quand l'OPS a éteint sa dernière clope et l'assistant terminé ses dix prières, nous voilà dans la nuit réunis en silence autour d'un maudit téléphone portable. On dit vraiment rien quand Khaled chante parce qu'il nous parle à nous. Quelqu'un lui a dit toutes mes peines, tous mes chagrins, toutes mes frustrations et le voici qui me répond. Le voilà qui me rassure, le voilà qui tapote sur mon épaule et j'ai envie de chialer. On renifle tous, chacun pour ses raisons. Et Khaled est le seul qui fait l'unanimité quelle que soit la composition de l'équipe et même quand Souad veut écouter du Fayrouz et moi, en zoufria, je râle. Pas de sentimentalisme hein!
Je m'échappe de ce trop-plein de réminiscences, des erreurs récentes, des regrets. Le vide, c'est dangereux. La télévision a été inventée pour nous éviter de réfléchir. Un village sans télé, c'est la mort, le début de l'addiction au haschich, n'est-ce pas?
En fait, on a entendu, tous les soirs, le foyer voisin et sa télé. On salivait dessus. Je vous jure. On m'aurait mis le feuilleton turc que je l'aurais suivi. Tellement j'étais en manque de vide plein. Je voulais voir Al Akhbar. Même Abbas El Fassi et son conseil de gouvernement. N'importe quoi. Une semaine est passée sans que je ne sache ce qui s'est passé à Haiti. Avec le recul, il était doux de ne pas savoir.
Je regarde par la fenêtre. Comme il fait sombre, on voit bien les étoiles. Et comme tu me l'as dit, je me demande si toi, toi et toi voyez les mêmes étoiles. Ou si elles se perdent en chemin pour Rabat-Casa.
A quoi ça rime de se les geler ici, je me le demande. C'est quoi ces choix que tu as, Najlae.
A. veut aller aux toilettes au milieu de la nuit. Dix minutes à remettre nos chaussures pleines de boue. On descend le douar sur fond d'aboiements de chiens en essayant de pas se casser la gueule sur le verglas. On fantasme sur nos salles de bain respectives, sur la perspective d'une douche, à l'eau chaude, sur nos lits. Nos oreillers, on les a ramenés. C'est quoi l'essentiel, dites moi.
Khaled meurt avec la batterie du téléphone. On le retrouve après, avec un MP3 d'une centaine de chansons dans la voiture. J'en ai mal au dos, à l'heure où je vous cause. C'est pas héroïque je sais, mais c'est dépassé, mes rêves de gloire. I just want to be a guitar hero.
On a filmé des femmes qui faisaient la lessive dans un oued et elles sont venues vers moi en courant, ces ados magnifiques, pieds nus dans l'eau glacée, fonte de neige. J'ai pris les mains de cette fille aux doigts bleus. Jamais vu une hypothermie pareille. Je les ai frottés très fort. Elle riait aussi fort. De toute façon, elle allait retourner dans l'eau. Et moi, reprendre mon chemin. D'autres femmes, d'autres paquets de Tide sur l'oued, d'autres mini-dialogues. Des gosses bergers. Des lacs de rêve, mon nouveau rêve de maison, des toilettes improvisées, une voiture embourbée, un réseau intermittent du spectacle, une malnutrition chronique, toutes les joies de ce métier, interrompues pour quelques jours. Et ces retrouvailles si douces avec l'eau chaude, l'ordi, le monde des hamsters. La vie, mon frère.

Monday, November 23, 2009

Sunday, November 22, 2009

Call me when you're sober

C'est dimanche et il pleut. Cela fait si longtemps que je ne me souvenais plus what it feels like. Des monstres de vagues roulent et se font la course à la presqu'île. Les rochers ont rien demandé mais plein d'eau furieuse leur tombe dessus, pasque c'est comme ça. Deux chiens bâtards nonchalants font leur ballade du dimanche. Mohamed le gardien lit son Al Massae d'hier ou fait semblant en dormant sous sa casquette. Ayroud le pêcheur fixe la mer en se grattant la barbe, pas de poisson pour les prochains jours, pas de sous, avec l'aid qui arrive et ces Marocains qui boufferont du lion à tous les repas, Allah yi7edder salama. Un couple se dispute entre deux cabanons, je les épie derrière mes rideaux jaunes. Il a le bouc, un corps carré et court sur pattes. Elle a les cheveux rouges et un brushing qui ne tardera pas à disparaître. Il bouge des mains, elle bouge des mains. Il gueule, elle gueule. Ils vont vers la voiture, non ils reviennent. Le tango se joue en face de moi et moi, je mange de la grenadine. A la main. Je plonge jusqu'au coude dans le saladier de grenadine et je croque. L'explosion de saveur dans la bouche comme un feu d'artifice à la fois amer, sucré, liquide et pépineux. Une énigme de la nature en soi. Et tout plein de petites neuronnes qui reviennent à la vie, même si elles serviront pas à grand chose. Forrest Gump aurait dû y penser.
Et moi, moi j'aurais pas dû sortir hier. Comme l'autre fois. Toutes ces injections de nicotine dans les yeux, les cheveux, les narines. Mais surtout ces visions d'horreur. Des Lolitas de 14 ans surmaquillées et complètement paumées, une clope dans une main, un verre dans l'autre. Acceptant des comprimés bizarres de leurs voisins. Non moins paumés. Et secouant un popotin inexistant et une poitrine tout aussi inexistante sur des tubes du moment. I'm tryinna find the words to describe this girl without being disrespectful!
Dehors, sur le parking, des groupes de djeunes comme ça et une intruse: une maman en jogging, les cheveux attachés, l'air hébété, scrutant tous les petits et cherchant son bébé à elle: une ado de 15 ans qui a fait le mur. Ben non madame, c'est pas propre à cette génération, ça a toujours existé, le mur. Un téléphone sur boite vocale continue et aucune piste vers la petite. La détresse de cette femme. L'indifférence des spectateurs flying high. La nuit, ça donne la nausée à tous les étages. J'ai testé pour vous. Et je retesterai pas de sitôt, promis.

Wednesday, November 18, 2009

Encinitas, Californie


I'm waiting to be fed.

Aïe

Dans le duty-free, le coeur lourd et l'esprit embué, à essayer de lui choisir un parfum. Mais pas assez de narines pour tout sentir, trop de couleurs, trop de flacons, pas assez de peau sur les poignets, pas assez d'yeux pour sélectionner un look à fiore, pas assez de culture pop pub pour savoir finalement lesquels étaient in. Alors j'ai choisi un nom que j'aimais bien, un truc qui me rappelait que j'avais une cousine qui s'appelait Ambre. C'est beau, Anbar.
A force d'essayer les fragrances sur des petits cartons, je me suis retrouvée avec un arc-en-ciel de senteurs dans mon sac. Dans l'avion, je ne savais plus qui était quoi. Juste ce retour parfum de nausée infinie. Le retour vers les vendeurs de kleenex, la génération Clorets -du nom de leur seule hygiène buccale-, les trains aux coussins inexistants qui tirent les cheveux, les collègues hypocrites et incompétents, ... Je sais, je radote. Normal: les choses qui me rendent malade ne changent pas.
Le bonheur ne tient qu'à un fil. A retordre. On s'accroche pieds et griffes à des planches somme toute insignifiantes. Des trucs comme ça nous font mal et le chemin est bien long vers l'apprentissage de l'indifférence, dans l'amitié, le travail et l'amour. Tout vous griffe jusqu'à la moelle, y me faut un trench Burberry, c'est décidé.
Rester imperméable aux ouvriers d'Al In3ach al watani de 80 berges qui flambent au soleil, aux employés de sécurité des banques qui lavent les voitures des patrons, aux gosses qui s'accrochent à l'arrière des semi-remorques, garder le sourire face à des maladresses répétées, des mots qui sortent pas aussi facilement qu'ils le devraient, des surprises qu'on attend et qui ne viennent pas, rester de marbre devant des confrères qui nous font honte, des amitiés qui s'émiettent même si on a beau souder tous les jours un peu plus.
Mille et un trucs qui puent dans ma tête.