Après des mois de disette, j'ai un nouvel ordinateur. Neuf, beau, grand, avec des touches qui
ressemblent au mac (
snif), un milliard d'espace de stockage, une imprimante sans fil, bref, le bonheur d'une créature connectée. Sauf que voilà, je n'ai pas envie d'y stocker quoi que ce soit. Même pas transférer de photos, même pas de musique, même pas de documents
XYZ d'avant. Rien. Il n'y a sur le bureau que les dossiers des dernières photos
téléchargées, les vacances, les évènements, l'instant. "L'instant, c'est
tout ce qui compte", m'a dit
Rouicha, ses yeux enfoncés dans les miens, lumineux car aveuglés par la minette, citant
Ilia Abou Madi. Les deux ensemble ne peuvent avoir que raison. Moi qui donne trop de valeur à un cahier de souvenirs de sixième, des petits objets insignifiants, des lettres devenues transparentes,
basta. Les données attendront une crise de nostalgie. Même ma musique, à laquelle je tiens tellement, je n'en peux plus de l'écouter. Mes oreilles savourent avidement la
playlist de
Durrell, fraîche comme une eau de
cologne.
J'ai l'impression d'étouffer dans ce
Maroc. Ce sentiment est constant, quel que soit l'endroit, la ville, l'occasion.
Ces dix derniers jours, je couvrais le festival de
Fès des musiques sacrées. Pareil: peu de plaisir avec les spectacles. L'irritation habituelle aux égards zélés donnés à certains, surtout ceux avec des passeports bordeaux, des égards souvent injustifiés pour certains. La colère de l'amateurisme avec lequel sont gérés tellement d'éléments, dont la sécurité. L'abjection de certains comportements d'un personnel sensé vous faciliter la vie. Le désespoir de voir tant de misère, dans la médina surtout. La vue de tant de vieillards -aveugles, handicapés, séniles- qui devraient être sur les
Champs-Elysées fassis à siroter un jus d'orange bien frais, pliés en deux à balayer les rues, vendre des souvenirs -au mieux- ou à mendier péniblement, m'ôte le charme de toute ballade. Ce pays baigne dans la misère. Si elle n'est pas matérielle, elle est humaine, intellectuelle.
Même dans un pays comme
l'Ouganda, j'ai été complexée de voir que chaque pâté de cabanes avait son école primaire ET son collège, que des
crèches existaient à chaque coin de rue, que le service dans les hôtels et les restaurants était irréprochable, parfait.
Bien entendu, chaque pays a ses problèmes, ses points forts, je ne dis pas le contraire. Mais un Maroc sans misère et avec plus d'enfants dans des écoles comme il faut, qu'est ce que ce serait bien...Avec ou sans festivals cinq étoiles.