Il y a des jours comme ça, où on réveille le coeur prêt à affronter tous les défis (et parfois le corps prêt à s'enfermer chez soi). Al mouhim, ce jour-là, plutôt fatiguée d'être une totale assistée, chauffeurisée de A à Z, je me décide à mettre fin à presque deux années sans permis de conduire. Flashback. Eté 2005: Lamia, Leticia, Naïma et moi sur la route de la plage. C'est un vendredi après-midi, le coffre est plein de cochonneries pour le goûter, les corps sont bronzés et impeccables, la musique à fond. Arrivés au niveau d'Aswak Assalam, un boulici me fait signe de m'arrêter. Moukhalafa: je roulais à 65 au lieu de 60 KM/H. C'est très grave. 400 DH d'amende. Bon, ne voulant pas gâcher le tempo de la journée, et comme je venais d'être payée, je donne au monsieur 400 DH et demande un reçu. Dès qu'il voit les sous, il hoche la tête: "la, la, la". Il refuse de prendre l'argent, refuse de rédiger un PV, puis s'éloigne vers son "supérieur". Ce que j'ai compris plus tard, c'est qu'il voulait qu'on "négocie". Je suis restée dans ma voiture. Après environ 25 minutes d'attente d'une part comme d'une autre, il glisse mon permis dans sa poche arrière et me lance un: "wa va le chercher au koumissaria". Je cède le volant à Leticia et passe le reste de mon temps au Maroc à pester contre ces comportements de tiers-mondistes, etc etc.
Bref, après tout ce temps, après avoir essayé de lobbyer en ma faveur à travers deux personnes, j'ai décidé de prendre mon destin en main et de me déplacer myself au terreux service des mines. Réaction de la mama: "tu te crois au Miricane! On parie que tu vas rentrer bredouille". Je réponds sans conviction qu'il faut bien que je fasse quelque chose quand-même.
Bref, me voici au service des Mines. Deux gentils agents au "bureau d'accueil" m'expliquent la procédure: il faut aller au deuxième étage du ministère du Transport à l'Agdal. Je saute dans un taxi, mets un peu de temps à trouver le service. On m'indique un "bureau de récupération des permis". Il y a un groupe de gens qui attendent et UN agent pour tous les dossiers sur Rabat. Un petit monsieur chauve avec toute la patience du monde. Je l'ai même poussé à bout en posant des questions bêbêtes et en répétant que je n'ai aucun document du tribunal. Le monsieur va quand-même regarder dans les dossiers puis m'indique que je dois aller chercher mon permis au...2ème. Le 2ème, Messieurs et Mesdames, c'est le commissariat du centre-ville. Je baisse les bras et me dirige vers la gare prendre mon train. Puis, sur un coup de tête, je re-saute dans un taxi, direction le fameux koumissaria. Beaucoup de jeunes policiers, beaucoup de vieux, pas grand-chose au milieu. Un officier appartenant à la seconde catégorie me gronde presque d'avoir "disparu tout ce temps sans demander après le fameux document rose". Il me conduit à un petit bureau où beaucoup de policiers papotent dans la bonne humeur. Une jeune fille a la mission de chercher mon permis dans une armoire. Je regarde cet exercise amusée, n'y croyant pas. Mais trente secondes plus tard, voilà qu'elle brandit l'inespéré sésame. Je suis ébahie par tant d'efficacité. 400 DH plus tard, je re-découvre la photo rigolotte de moi prise de profil (j'avais un énorme bouton de l'autre côté le jour de la photo). Je suis ravie, reconnaissante, je crois en des lendemains meilleurs. C'est beau le Maroc quand il importe certaines choses de Lmiricane.