C'était en octobre 2005. Je reçois un email d'un ami marocain de la Silicon Valley qui est depuis rentré au Maroc occuper de "hautes fonctions". Il me parle d'une station télé qui se lance dans l'état de NY. Une chaîne en anglais dédiée au
muslim lifestyle, lancée par des musulmans qui ne connaissent pas vraiment le monde des médias, mais qui veulent donner aux Américains une autre idée des musulmans. "On est de bons vivants, on aime la musique, bien s'habiller, partir en pique-nique, traîner dans les malls, lire des livres, sourire, on est normaux!". La chaîne avait besoin de toutes les bonnes volontés, plus encore lorsqu'elles se destinent à une carrière en journalisme. Douce musique à mes oreilles, moi qui étais empêtrée plus que jamais dans mes colères à l'égard de mes collègues et amis "occidentaux" et "extreme-orientaux" qui pigeaient pas que j'avais pas du reconstituer ma garde-robe une fois aux US, que c'était vraiment comme ça que je m'habillais, là-bas dans le Middle-East (?) et surtout avec qui j'étais en désaccord complet et total à chaque discussion politique. Bref, y avait une éducation à refaire et participer à Bridges TV (c'était le nom de la nouvelle chaine) me semblait un premier pas minuscule mais nécessaire.
Après quelques emails échangés avec Hassan Muzammil et sa femme Aasiya Zubair, les deux co-fondateurs, le deal est scellé. Je serais "correspondante" dans la Bay Area (région de San Francisco) et je couvrirais les événements locaux par téléphone. Le travail était, bien entendu, plus proche du bénévolat qu'autre chose. Toujours est-il. C'était la période où 3 heures de sommeil étaient suffisantes à mon bonheur. Je carburais aux snacks coréens et aux doritos. Pour envoyer mes correspondances à l'heure de la cote Est, c'était la frénésie la nuit, pour essayer de pas faire trop d'erreurs d'anglais (c'était raté mais bon...). Je ne sais pas combien de correspondances j'ai réellement faites mais le contact a fini par se perdre, moi devant bouger de plus en plus souvent pour mes reportages, etc. Toujours est-il que j'étais convaincue que c'était d'abord à travers les médias -Bridges TV comme exemple- que nous pouvions donner une autre image des Muslims des US.
Ce matin, sippant mon earl gray et relisant les articles de la semaine que j'avais vus en diagonale, je tombe sur cet article de mon amie
Fadoua à D.C. J'ai cru halluciner lorsque je lus que Hassan Muzammil, le fondateur de Bridges TV, avait
tué, que dis-je,
DECAPITE sa femme, Aasiya, qui avait eu le malheur de demander le divorce. L'homme avait pour habitude de battre sa femme presque quotidiennement. Ses enfants de 4 et 6 ans aussi. Il l'a laissée gisant dans son sang dans les locaux de la station TV.
Fermement condamnée par les associations de musulmans américains, cette histoire sordide n'en est pas moins d'une tristesse déprimante.
هادا هو : "الفقيه اللي عولنا عليه دخل للجامع ببلغته