Je ne remercierai jamais assez Hani de m'avoir fait parvenir l'annonce sur la conférence d
'Elias Khoury, cet après-midi. Comme d'habitude, me voici courant à travers le campus à la recherche du bâtiment dédié à l'anthropologie. J'arrive en retard et la conférence a déjà commencé. Je marche vers le premier rang, où Hani est assis et je me cherche une petite place devant l'auteur.
C'est vrai, je suis biaisée. J'apprécie énormément les
écrivains-journalistes, surtout lorsqu'ils ont un passé de militant. Khoury m'intriguait par son engagement palestinien, sachant pertinemment qu'il était Libanais. Et bien sûr, je pensais que c'était réellement mérité lorsque Le Monde Diplomatique, ma publication préférée, avait décrété son livre "
La Porte du Soleil" (
Gate of the Sun) livre de l'année. Ce livre fort et émouvant est le résultat de plusieurs années de recherche, d'interviews et de collection d'informations sur la vie des Palestiniens dans les camps de réfugiés durant l'époque de la
Nakba (1948). Le sociologue de formation fera ce qui a été peu fait dans le monde arabe: un minutieux travail de documentation. Même lorsqu'il ne sera pas capable d'aller à Galillée par exemple, en Israël, son amie marocco-israélo-française
Simone Bitton filmera des vidéos dans les camps pour qu'il puisse avoir une idée. C'est ainsi qu'il a pu écrire et raconter une histoire, des histoires.
"Writing is a way to listen. A writer is somebody who reads the lives of the others". C'est la première chose que j'ai entendue en m'asseyant à l'avant. J'ai pu regarder de près le bonhomme à la chemise blanche rayée et au pantalon noir qui ne donne probablement pas d'importance à son apparence physique mais qui vous captive par sa précision, sa connaissance du sujet et sa subjectivité argumentée. Lorsqu'il a lu un passage de son livre, en arabe, j'étais totalement conquise.
Je lui ai posé une question sur la dichotomie arabe "love/hate" relationship à propos de la Palestine, confirmée par l'histoire. Le récit sur la formation des camps de réfugiés, les exodes forcés, la pression israélienne et la cruauté libanaise et syrienne et les massacres qui s'en sont suivis sont encore visiblement dans les mémoires. "We killed and destroyed the Palestinians. They were seen as potential trouble and were under pressure all the time from the Arab governments".
Il y a toujours des manières de décrire une tragédie, mais je me délecte de la manière Khoury, tout comme je savoure celle de Marquez.
A la fin de la conférence, Hani m'a présentée à Khoury qui m'a parlée en Marocain. Il était modeste et drôle. Je suis partie avec le sourire. Je me suis même faite deux amies ce soir.