Saturday, November 25, 2006

Gueule de bois

Je n'avais jamais vu une orange rouillée. Comment j'ai pu la rater tout ce temps alors qu'elle est en face de moi? Elle est énorme, orange, avec des feuilles vertes. Mais j'ai les phares des voitures dans les yeux et très froid. Dans ma tête résonne la chanson de la pub: "wach 3raftouni, ana llaymouna"en boucle. Je vais devenir folle. Je commence à chanter autre chose à voix haute pour me l'enlever de la tête. Je suis très fatiguée. Ah, l'époque bénie où il suffisait de pondre un papier, le mettre sur le serveur et prendre le train pour rentrer chez soi. Là, c'est la souffrance pure. Des heures de travail sur quatre minutes. Toujours revoir, toujours recorriger, arranger, réduire, étendre, fondre, souder. REPLAY. Je m'impatiente, je descends à la machine à café pour la troisième fois. Le "lait au cacao, 32% de chocolat garanti" est assez infect, mais j'avale quand-même. Mouhssine s'énerve, je fatigue. Passer parfois 14 heures par jour dans une "pièce" de deux mètres sur 1,5 a épuisé notre réserve de blagues et nos méthodes de cohabitation professionnelle copiées de la bible des ressources humaines ont été jetées à la poubelle.
Mouhssine et moi guettons chaque son féminin dans le couloir. Elle peut surgir à n'importe quel moment. Et si ELLE est là, je me transforme en dactylo de notes sur les changements à introduire. C'est instructif et moi, je suis là pour ça.
Là, maintenant, je peux apprécier de dormir tout l'après-midi (ouch!) du samedi en écoutant la pluie tomber. Vivement la prochaine raclée.

8 comments:

Viedefemme said...

Peux-tu publier ce texte najlae ?
Merci


Ses yeux étaient fermés, sa pensée rêveuse, ses poings étaient serrés comme ceux des fœtus que l’on voit dans les documentaires scientifiques à la télévision. Des images défilaient à toutes vitesses : des visages qu’elle a connus, des bâtiments, des gestes qu’elle a fait et refait, des sentiments d’antan, cette belle après-midi printanière, tout défile à une vitesse fulgurante. Il était presque 7 heures. Elle était dans un état de sommeil léger, plaisant mais toutefois dérangeant, car elle sentait la fin très proche de cette douce torpeur. Elle voudrait tellement que cette torpeur continue et s’éternise, que sa peine s’atténue, et que le son du réveil qui allait se mettre bientôt à sonner ne vienne pas raviver cette douleur. Les images défilant à toute vitesse reviennent en force : sa petite chambre d’étudiante, les couloirs de la pension où elle l’avait rencontrée, lui un ami, puis un amant qu’elle pensait de passage comme d’autres mais qui l’a tout de même marqué. Il l’avait impressionné le premier jour qu’ils ont discuté ensemble à la terrasse de la pension. Il était joli garçon, cultivé ou plutôt se donnait des airs réussis d’homme cultivé. Il lui a confié qu’il allait bientôt publier un livre, sur un thème qui comptait beaucoup pour elle : l’histoire de mai 68. Elle était engagée, ne se laissant jamais faire, elle défendait ses idées jusqu’au bout. Il avait réussi à la charmer par sa vivacité, cette intelligence. Il faut dire qu’elle ne pouvait résister les verbiages cultivés, ce charme du flirt intelligent. Elle se souvient très bien des phrases qu’avait prononcées son professeur de postmodernisme il y a quelques mois. Elle était toujours noyée dans cette torpeur délicieuse mais les mots de ce professeur retentissaient de plus en plus fort : les films d’Hollywood n’aident personne à améliorer sa propre vie, ils n’apportent jamais de solutions au problèmes, toutes leurs fins se ressemblent et sont ennuyeuses. Le bonheur final est une promesse hollywoodienne. La vie hélas n’est pas toujours rose. L’angoisse y est permanente…La quête du bonheur jamais atteinte. L’industrie américaine du film se veut d’un optimisme décevant, les fins, les scènes, les phases se répètent à l’infini, aucune solution à son angoisse n’est effleurée. Elle aime pourtant plonger dans le noir des salles cinéma, un paquet de pop-corn à la main, assise près d’autres amis. Oui elle rie à grands éclats aux comédies, aux dialogues futés des acteurs. Elle rie pourtant jaune quand elle sort de ces salles. Au plus profond d’elle, elle désire des films plus réfléchis, plus originaux, une culture qui l’aide à comprendre ses états d’esprit, ses insatisfactions…
Perdu dans ses idées, ce visage lui revient en force. Il était grand et bronzé, elle sentait une pointe de naïveté et de superficialité chez lui, mais elle voulait tellement s’oublier et oublier ses airs sinistres de fille sérieuse qui ne se pardonne jamais la moindre faille. Elle voulait se laisser aller à se sentiments, à son attraction pour cet homme si beau, si fragile, si alléchant. La première fois qu’ils s’embrassèrent et firent l’amour, elle pensait que c’était une histoire de passage, qu’en femme forte, elle assumait ses désirs et sa sexualité. Qu’elle ne s’attacherait jamais. Qu’elle est maîtresse de ses sentiments. Pourtant dès qu’il lui a tourné le dos pour dormir le premier soir, elle sentait déjà son cœur battre si fort, de ses longs bras elle l’a enlacé comme pour l’enchaîner à elle. Elle a tout de suite compris : elle s’attachait déjà à lui. Lui après son orgasme phallique n’y pensait plus. Elle était déjà du consommé. Game over pour elle. La proie féminine a cédé. Elle avait plus le droit à une deuxième chance. A la façon dont il lui a tourné le dos, elle savait déjà qu’il n’allait plus la contacter par la suite. Elle avait le cœur serré et ses bras l’enlaçaient de plus en plus fort en souhaitant que la nuit n’ait jamais à se terminer. Son prof lui avait pourtant dit la vie est tout sauf Hollywood.

Najlae said...

Viedefemme, ce n'est pas difficile de créer un blog, si tout ce que tu cherches,c'est publier tes textes.

Adorateur de sténos said...

Quand on aimme la vie, on monte. Là-haut. Il y fait si bon. Et comme c'est si bon, une gueule de bois après un si bon gueuleton arrosé de bon beaujoulais la veille au son d'un couple de guitares sèches qui s'amusent et et de gazoullis, de cris, de rires, et de "je t'aime" dans toutes le langues.
Il faut "monter" te dis-je ! Mantenant que tu as, enfin, "son" ok.
Bonne dif!

Viedefemme said...

Ce que je cherche c'est contribuer à ton blog. Merci Najlae pour avoir publié le texte. bises

charif said...

je n'ai jamais vu d'orange rouillé aussi! et pourtant elle existe.

nadia said...

ca fait un bail toi! J'ai lu ton post et, vois-tu, je me triture vraiment l'esprit pour savoir qui est derrière ce son féminin qui résonne dans le couloir et qui te fait plonger dans ton dactylo!!!!!!! Est ce qu'il s'agit de Oummina Lghoula par hasard?

c pas toi_ said...

Peux-tu publier ce texte najlae ?Coucou, c'est moumou !
bisous

zalamoka said...

"san souss san souss..." I think I caught the bug after reading your post :-)