Tu me dis que je suis journaliste et que devrais être une experte en communication! Je commence à perdre espoir en la capacité des journalistes et des écrivains à poser les bonnes questions et à donner des semblants de réponses lorsqu'il s'agit de leurs vies.
Pas plus tard qu'il y a deux minutes, je racroche avec un certain nounours, nullard de chez nullard en communication humaine. Si si, je le dis et je le répète. C'est fou. J'ai une intuition qui ne trompe pas. Je suis allongée sur mon lit et je flaire quelque chose. Je n'arrive pas à me concentrer. Je branche mon micro et je le skype. Plusieurs fois, jusqu'à ce qu'il réponde."Kayen chi oula ghir lferchi?"
- "Tonne dial lferchi", me répond-t-il.
Et rien. Conversation creuse sur l'émission, sur la vie, mots pour dire sans rien dire.
Je reste sur ma faim. Je racroche. Je réfléchis. J'appele K., autre pilier de notre quator de voix de casseroles d'un paysage médiatique boiteux, à qui je n'ai pas parlé probablement depuis Août. Ce n'est pas lui qui répond mais son ami L. Je lui demande où il est, il me répond qu'il n'est pas disponible pour le moment. J'insiste. Il le cherche. Il le trouve. K. est au bout du fil et me dit: "Najlae, ce n'est pas possible, ce n'est pas possible". Alors, out of nowhere, je lui lance: "tu te maries?". Il me répond: "je suis entrain!"
Il y a du bruit, on s'entend à peine. Il cherche un endroit calme, loin des adouls. "J'allais t'appeler mais je n'avais pas ton numéro". Je sourie. "Le nounours le savait pourtant, je lui ai dit". "Ouais, ouais", je réponds.
Et je voudrais tellement y être, maintenant, là-bas, à voir sa face d'imbécile heureux que j'adore tant. Merde je réalise. J'ai raté leurs mariages à tous les quatre.
Je félicite, je congratule, je me sens mal, je suis heureuse pour lui, mot creux qui veut rien dire. C'est con que je me sente comme ça. C'est comme ça.
Et je vais loin dans mes ptites réflexions à la noix de coco sur la vie. En tous cas, les journalistes, c'est une race de merde. N'est-ce pas nounours?