C'est la faute à Jesus. La faute à Jesus si un weekend qui s'annonçait paisible et reposant s'est transformé en un véritable cauchemar. La faute à Jesus si je suis anéantie, à ce moment bien précis. Je lui en veux, terriblement.
Tout a commencé par sa négligence. "Je suis désolé", il a dit, inconscient de l'ampleur du désastre. Car c'est un véritable désastre. Tout ce qui m'est précieux (qui ne soit pas des habits hein :) ) englouti par les eaux. Mes correspondances, mes journaux intimes et surtout mes photos, celles de toute une vie. Par miracle, l'album de mes premières années a été épargné. Mais les centaines, les milliers de clichés de mes vies précédentes, de mes proches, de mes amis, mes voyages, mes rencontres avec des personnalités, tout, tout, est devenu un amas de feuilles blanches cartonnées avec des gribouillis de couleurs qui collent aux doigts par dessus.
Alors, toute la journée, assise par terre, courbée, hésitante, terrassée par la vision horrible de tetes sans bouches, de corps sans bras, des visions de personnes défigurées par l'humidité, j'ai essayé de séparer les photos désormais collées l'une à l'autre. Quand je découvre un semblant de photo, je mets tout de suite de coté en rendant grace au seigneur.
Un polaroid représentant mes grands-parents à la Mecque ne représente plus rien du tout maintenant. Mon séjour à Strasbourg n'est prouvé que par deux photos aujourd'hui. Et un relevé de notes qui sèche dans la cuisine, au moment où j'écris. Je n'arrive plus à déchiffrer ce qu'il y a d'écrit dans mes journaux intimes, tant l'écriture est diluée. Et mes lettres reçues, on dirait qu'elles ont été écrites à l'encre indélébile. Des pages blanches...
Pourquoi s'attache-t-on tant à ces choses-là? Pourquoi ma vie a-t-elle besoin de ces photos pour se justifier? Je m'en veux d'etre aussi sentimentale. Mais je m'en veux encore plus de ne pas avoir laissé ces choses près de moi et de les avoir confiées à ce satané Jesus.
En fightant le haut-le-coeur qui me prit, j'ai du jeter des dizaines de lettres, de Marie, de Hajar, d'Hélo, de Hanaa, j'ai égoutté des cartes postales de Fadwa (du temps où un trip à Tanger était digne d'une carte postale ^^), de Merouane, de Ji, d'Ahmed, d'Imad, d'un de mes professeurs, de mes frères, des petits mots d'Oussama, de Mehdi, de Tarik, d'Abdessamad, des fotos de légende avec mes inséparables (Fadoua, Bilal, Khalid, Driss), des preuves d'amour de Washington, de Malaisie, de Hawaii, de Kabul, de Rome, de Dubai, d'Ohio, du Mexique, d'Ifrane, de Shanghai, de New-York. Des petites enveloppes bleues ou jaunes avec "à sa majesté" ou "to the birthday girl" écrits dessus. Des kilos de papier sont devenus de la pate à modeler. Et moi de retenir des petites larmes. J'aurais appris ma leçon cette fois. Mon prochain achat sera un scanner Xerox, c'est décidé. Pour pas perdre à jamais la trace de mes films quotidiens.
Saturday, February 28, 2009
Monday, February 23, 2009
Berkeley rules!
Non, je reviendrai pas sur Slumdog, sur Hugh, sur la barbe de Brad Pitt, sur l'élégance ronde de Kate Winslet et la classe indescriptible de Sean Penn, ni sur les yeux d'Angelina. Moi je veux vous dire que dans le palmarès figure une certaine Megan Mylan qui a fait la même école que moi et qui a remporté l'oscar du meilleur documentaire. Si c'est pas beau (et déprimant) tout ça.
La baghia la...
Immense nouvelle (refroidie depuis, cela dit) : Ni pute Ni soumise ouvre son antenne au Maroc. C'est Florence Beaugé qui nous le dit dans les colonnes de Le Monde. Qui sont les polytechniciennes en question, qu'est-ce qu'elles ont l'intention de faire au Maroc, avec quels moyens, pourquoi? Aucune trace d'aucune réponse.
Comme si c'était une actualité qui méritait un article dans Le Monde...
Comme si c'était une actualité qui méritait un article dans Le Monde...
Sunday, February 22, 2009
Face-Off
C'était en octobre 2005. Je reçois un email d'un ami marocain de la Silicon Valley qui est depuis rentré au Maroc occuper de "hautes fonctions". Il me parle d'une station télé qui se lance dans l'état de NY. Une chaîne en anglais dédiée au muslim lifestyle, lancée par des musulmans qui ne connaissent pas vraiment le monde des médias, mais qui veulent donner aux Américains une autre idée des musulmans. "On est de bons vivants, on aime la musique, bien s'habiller, partir en pique-nique, traîner dans les malls, lire des livres, sourire, on est normaux!". La chaîne avait besoin de toutes les bonnes volontés, plus encore lorsqu'elles se destinent à une carrière en journalisme. Douce musique à mes oreilles, moi qui étais empêtrée plus que jamais dans mes colères à l'égard de mes collègues et amis "occidentaux" et "extreme-orientaux" qui pigeaient pas que j'avais pas du reconstituer ma garde-robe une fois aux US, que c'était vraiment comme ça que je m'habillais, là-bas dans le Middle-East (?) et surtout avec qui j'étais en désaccord complet et total à chaque discussion politique. Bref, y avait une éducation à refaire et participer à Bridges TV (c'était le nom de la nouvelle chaine) me semblait un premier pas minuscule mais nécessaire.
Après quelques emails échangés avec Hassan Muzammil et sa femme Aasiya Zubair, les deux co-fondateurs, le deal est scellé. Je serais "correspondante" dans la Bay Area (région de San Francisco) et je couvrirais les événements locaux par téléphone. Le travail était, bien entendu, plus proche du bénévolat qu'autre chose. Toujours est-il. C'était la période où 3 heures de sommeil étaient suffisantes à mon bonheur. Je carburais aux snacks coréens et aux doritos. Pour envoyer mes correspondances à l'heure de la cote Est, c'était la frénésie la nuit, pour essayer de pas faire trop d'erreurs d'anglais (c'était raté mais bon...). Je ne sais pas combien de correspondances j'ai réellement faites mais le contact a fini par se perdre, moi devant bouger de plus en plus souvent pour mes reportages, etc. Toujours est-il que j'étais convaincue que c'était d'abord à travers les médias -Bridges TV comme exemple- que nous pouvions donner une autre image des Muslims des US.
Ce matin, sippant mon earl gray et relisant les articles de la semaine que j'avais vus en diagonale, je tombe sur cet article de mon amie Fadoua à D.C. J'ai cru halluciner lorsque je lus que Hassan Muzammil, le fondateur de Bridges TV, avait tué, que dis-je, DECAPITE sa femme, Aasiya, qui avait eu le malheur de demander le divorce. L'homme avait pour habitude de battre sa femme presque quotidiennement. Ses enfants de 4 et 6 ans aussi. Il l'a laissée gisant dans son sang dans les locaux de la station TV.
Fermement condamnée par les associations de musulmans américains, cette histoire sordide n'en est pas moins d'une tristesse déprimante.
Après quelques emails échangés avec Hassan Muzammil et sa femme Aasiya Zubair, les deux co-fondateurs, le deal est scellé. Je serais "correspondante" dans la Bay Area (région de San Francisco) et je couvrirais les événements locaux par téléphone. Le travail était, bien entendu, plus proche du bénévolat qu'autre chose. Toujours est-il. C'était la période où 3 heures de sommeil étaient suffisantes à mon bonheur. Je carburais aux snacks coréens et aux doritos. Pour envoyer mes correspondances à l'heure de la cote Est, c'était la frénésie la nuit, pour essayer de pas faire trop d'erreurs d'anglais (c'était raté mais bon...). Je ne sais pas combien de correspondances j'ai réellement faites mais le contact a fini par se perdre, moi devant bouger de plus en plus souvent pour mes reportages, etc. Toujours est-il que j'étais convaincue que c'était d'abord à travers les médias -Bridges TV comme exemple- que nous pouvions donner une autre image des Muslims des US.
Ce matin, sippant mon earl gray et relisant les articles de la semaine que j'avais vus en diagonale, je tombe sur cet article de mon amie Fadoua à D.C. J'ai cru halluciner lorsque je lus que Hassan Muzammil, le fondateur de Bridges TV, avait tué, que dis-je, DECAPITE sa femme, Aasiya, qui avait eu le malheur de demander le divorce. L'homme avait pour habitude de battre sa femme presque quotidiennement. Ses enfants de 4 et 6 ans aussi. Il l'a laissée gisant dans son sang dans les locaux de la station TV.
Fermement condamnée par les associations de musulmans américains, cette histoire sordide n'en est pas moins d'une tristesse déprimante.
هادا هو : "الفقيه اللي عولنا عليه دخل للجامع ببلغته
Thursday, February 19, 2009
Fables de la fontaine
La différence entre la première classe et la deuxième classe, c'est l'odeur. Rien d'autre.
Le début pour moi du Grand Casablanca sur l'autoroute, c'est la décharge de Mohammédia, pour laquelle on a choisi la plus jolie vallée de la région: "la vallée du bonheur", comme l'appelle ma tante. Au dessus, un éternel nuage de drôles de zoizos qui ghezzez les carcasses. La vallée du bonheur commence à puer un peu avant, puis longtemps après. Je le regrette profondément.
L'odeur, c'est la frontière invisible entre Rabat et Casa.
Quelque part entre les deux justement, Jamaica, un bidonville qui n'a de spécial que le nom. Paske pour le reste, ben, tous les bidonvilles se ressemblent. Ici, l'excentricité du moment est le tarissement de la source du coin. Pour remplir son bidon, faut migrer vers un autre bindonville, où on les fait payer 50 centimes. Une fortune. Milouda m'a dit qu'on pouvait s'accomoder de la puanteur des déchets mais pas de la soif. A un moment, une association a été créée dans le coin, Milouda a vu le bout du tunnel. La fontaine ne devait plus être loin. Mais pas pour longtemps. L'association a déposé un dossier auprès de l'INDH et le douar s'est vu assorti d'un...joli terrain de foot. Alors maintenant, nuit et jour, le ballon frappe inlassablement la tôle. A Jamaica, la jouissance du sport doit forcément vous faire oublier la nuisance polyforme.
Pour les responsables du coin, à situation illégale dommages collatéraux. Je pense que c'est une opinion à géométrie variable puisque bientôt, les communales!
Le début pour moi du Grand Casablanca sur l'autoroute, c'est la décharge de Mohammédia, pour laquelle on a choisi la plus jolie vallée de la région: "la vallée du bonheur", comme l'appelle ma tante. Au dessus, un éternel nuage de drôles de zoizos qui ghezzez les carcasses. La vallée du bonheur commence à puer un peu avant, puis longtemps après. Je le regrette profondément.
L'odeur, c'est la frontière invisible entre Rabat et Casa.
Quelque part entre les deux justement, Jamaica, un bidonville qui n'a de spécial que le nom. Paske pour le reste, ben, tous les bidonvilles se ressemblent. Ici, l'excentricité du moment est le tarissement de la source du coin. Pour remplir son bidon, faut migrer vers un autre bindonville, où on les fait payer 50 centimes. Une fortune. Milouda m'a dit qu'on pouvait s'accomoder de la puanteur des déchets mais pas de la soif. A un moment, une association a été créée dans le coin, Milouda a vu le bout du tunnel. La fontaine ne devait plus être loin. Mais pas pour longtemps. L'association a déposé un dossier auprès de l'INDH et le douar s'est vu assorti d'un...joli terrain de foot. Alors maintenant, nuit et jour, le ballon frappe inlassablement la tôle. A Jamaica, la jouissance du sport doit forcément vous faire oublier la nuisance polyforme.
Pour les responsables du coin, à situation illégale dommages collatéraux. Je pense que c'est une opinion à géométrie variable puisque bientôt, les communales!
Wednesday, February 18, 2009
Rien de grave
Le message portait seulement deux mots: come back. J'avais auparavant appris à prendre des avions, rater des avions, mais pas encore à leur courir après. J'étais déjà sur l'autoroute, la mienne, et toi, malgré ton beau passeport, tu faisais du surplace, sans le savoir. Je voyais que dalle, les yeux embués par je ne sais quoi. Une saloperie d'hiver, j'en suis persuadée. Ou simplement la nuit. Ou la vieillesse, du haut des 28 tours de piste. J'avais fait le choix du cynique, toi du comique. On n'était pas du tout drôles. Heureusement, du neuf en vue: c'est l'année du boeuf. Des cornes invisibles me tailladent déjà les côtes.
Friday, January 09, 2009
Libéralisation de l'audiovisuel: Acte II
Thursday, January 01, 2009
Ephéméride
Lorsque mon soleil est là, il éclipse les autres astres. Je t'aurais suivie où tu veux, pris tous les avions que tu aurais choisi, pour nous échapper. Toi, de tes maudits câblages traficotés, de tes doutes éoliens, de 1000 médiocrités néo-coloniales, moi de mon blues sanguin, du froid du matin, Gaza, du devis, des perspectives de joie prochaines: 2009, l'année des communales par excellence. L'année où la démocratie locale posera ses jalons grâce à une conscience collective de partis politiques résolus à nous donner le meilleur d'eux-mêmes, à travers des programmes innovants et clairs l'année où les citoyens, impeccablement recencés, voteront parce qu'ils le veulent. 2009, l'année de la véritable libéralisation audio-visuelle, consacrée par des projets audacieux, qui feront la part belle (ha!cette expression!) à l'information pertinente, au journalisme d'investigation, à la culture, aux grands films; des projets qui ouvriront les sujets importants au débat (car il n'y en a jamais assez) public, qui célébreront l'enfant par des programmes qui parlent à son intelligence; 2009, l'année où les chantiers qu'on avait prévus pour Maroc 2010 seront prêts, coupe du monde ou pas, car il faut bien qu'on avance, n'est-ce pas? 2009, l'année du neuf, hein, du désenclavement, des gosses qui vont à des écoles où les vitres ne sont pas brisées, où les profs viennent, où les toilettes ont de l'eau et des petits seaux (si, si). 2009, l'année mendiants-free! Ni aux feux rouges, ni devant les cafés, ni dans la médina, ni au cours d'une banale conversation, sous déguisement. 2009, l'année du change. C'est Obama qui l'a dit qui l'a promis. L'année où les vieux seront pris en charge et ne mourront pas de faim. 2009, l'année où j'irai à Beyrouth, où je visiterai mes amis à Jérusalem, où je ferai du sport trois fois par semaine, juré craché. 2009, l'année où le parlement n'aura jamais une seule place de parking vide. L'année où je verrai comment la moitié de mon salaire avalée par les impôts contribue à avoir des routes nickel et la benne à ordures à une distance respectable de ma porte. 2009, l'année qui a démarré avec un dirham de plus à payer au péage Rabat-Casa. 2009, l'année des grandes décisions, les miennes, les vôtres, les leurs, les leurres. Je me réjouis des rires à venir, des gens que je vais connaître, des endroits que je vais voir, des peines que je vais oublier. Demain!
Wednesday, December 10, 2008
Tuesday, December 09, 2008
Office d'Echange
Soudain le brouillard. Mon cri dans la nuit et cette odeur de brûlé. Un sourire auparavant, une princesse emmitouflée dans du rose chantait du Amr Diab dans mon rétroviseur. Un moment, je m'étais sentie utile. Comme lorsque je m'endors avec ma nièce dans la rocking chair. C'est si loin...
A présent, je regarde les chaussures d'Abdelhaq. Il aurait dû rester à Safi. Et moi, j'aurais dû regarder devant moi. Mais en ce moment, tout m'est embué, comme si Dieu me cachait mes pare-brise des yeux pour mieux chercher ma voie. Mais je n'étais pas totalement aveugle, parce que j'ai vu ton inquiétude, touchante et si enfantine, beautifully irréfléchie, comme si c'était toi qui avais besoin de moi alors. Et moi, je délégais pour mieux m'effondrer. Heureusement qu'on avait acheté deux cordes. 4 mètres chacune. C'est Anissou qui avait raison: "so fortunate in my misfortune".
L'étreinte. Il y avait trois personnes sur la plage. Les mouettes en manteaux trois-quart se faisaient la cour. Je me suis enfouie, le pif le premier, dans des excuses en bonne et due forme. C'était de loin le meilleur filet mignon du monde: le giron de l'honnêteté.
Le coup de fil. La corde a été recyclée en transatlantique. En morse, ça donnait: S.O.S. Pourquoi chercher des adverbes alors que le message peut être résumé en trois lettres? La tectonique des plaques, c'est tout de suite. Alors parlons. Avant le prochain brouillard.
A présent, je regarde les chaussures d'Abdelhaq. Il aurait dû rester à Safi. Et moi, j'aurais dû regarder devant moi. Mais en ce moment, tout m'est embué, comme si Dieu me cachait mes pare-brise des yeux pour mieux chercher ma voie. Mais je n'étais pas totalement aveugle, parce que j'ai vu ton inquiétude, touchante et si enfantine, beautifully irréfléchie, comme si c'était toi qui avais besoin de moi alors. Et moi, je délégais pour mieux m'effondrer. Heureusement qu'on avait acheté deux cordes. 4 mètres chacune. C'est Anissou qui avait raison: "so fortunate in my misfortune".
L'étreinte. Il y avait trois personnes sur la plage. Les mouettes en manteaux trois-quart se faisaient la cour. Je me suis enfouie, le pif le premier, dans des excuses en bonne et due forme. C'était de loin le meilleur filet mignon du monde: le giron de l'honnêteté.
Le coup de fil. La corde a été recyclée en transatlantique. En morse, ça donnait: S.O.S. Pourquoi chercher des adverbes alors que le message peut être résumé en trois lettres? La tectonique des plaques, c'est tout de suite. Alors parlons. Avant le prochain brouillard.
Monday, December 01, 2008
Vision 2010
Tourisme d'hiver
Loin de l'idéal californien et plus près de la réalité quotidienne.
Une fois sur le retour, en attendant un cheeseburger bien mérité, nous nous sommes aventurées dans ce temple de la consommation qu'est le supermarché. Je rêvais de camembert et de tortilla chips. Du chocolat. Qu'importe. Qu'on se sente vivre.
Ce n'est pas de l'ingratitude pour les tajines avalés brûlants et préparés par de savantes mains, là-bas dans les montagnes, mais comme dirait l'autre, c'est une autre histoire d'amour. Ce soir-là, nos corps réclamaient du fast-food.
Nous mangeâmes en silence. Ait Abdellah n'était pas loin. Le petit Yassine trotte probablement toujours dans la maison avec ses nounours dans les bras. Il doit être le seul gosse du village à avoir des nounours. Ce n'est pas grave. J'espère seulement que les autres gosses ont des réchauds chez eux. C'est un euphémisme de dire qu'il fait froid. Pourtant, il se trouve toujours un groupe de jeunes adolescentes drapées de noir et assises contre une maison, à observer la route.
Ici, l'électricité est arrivée tard. Et grâce à des étrangers. L'eau est à la pompe. Ce qui veut dire qu'au-delà d'une certaine heure, c'est cuit mon bibi. Nous ne faisons que passer. Un jour. Peut-être deux, ou trois. Pour lhajja, ça fait quarante ans, ça s'améliore, mais elle voudrait bien bouger.
Bouger. C'est ce qu'on fait des milliers de gars de la région. Vers Casa. Marrakech. D'autres villes. Bosser dans des épiceries, pour la plupart. Vous ne croiserez que des femmes dans les vallées et les montagnes. "Ou des bras cassés", a dit M. Lhaj.
Finalement, les indices de développement ou de sous-développement sont palpables. Point besoin d'études de cabinets réputés. Tant que les hommes sont poussés par la misère à s'arracher à leurs terres pour travailler dans des 7anoutes poisseux dans la métropole, on peut se gargariser à longueur de journée sur le développement durable.
Il a commencé à neiger alors qu'on finissait une séquence. Ca ne s'est pas arrêté. Les pistes -déjà difficilement praticables- deviennent totalement impraticables. Nous sommes partis. Ils sont restés. Combien d'Anfgou dans ce pays...
Une fois sur le retour, en attendant un cheeseburger bien mérité, nous nous sommes aventurées dans ce temple de la consommation qu'est le supermarché. Je rêvais de camembert et de tortilla chips. Du chocolat. Qu'importe. Qu'on se sente vivre.
Ce n'est pas de l'ingratitude pour les tajines avalés brûlants et préparés par de savantes mains, là-bas dans les montagnes, mais comme dirait l'autre, c'est une autre histoire d'amour. Ce soir-là, nos corps réclamaient du fast-food.
Nous mangeâmes en silence. Ait Abdellah n'était pas loin. Le petit Yassine trotte probablement toujours dans la maison avec ses nounours dans les bras. Il doit être le seul gosse du village à avoir des nounours. Ce n'est pas grave. J'espère seulement que les autres gosses ont des réchauds chez eux. C'est un euphémisme de dire qu'il fait froid. Pourtant, il se trouve toujours un groupe de jeunes adolescentes drapées de noir et assises contre une maison, à observer la route.
Ici, l'électricité est arrivée tard. Et grâce à des étrangers. L'eau est à la pompe. Ce qui veut dire qu'au-delà d'une certaine heure, c'est cuit mon bibi. Nous ne faisons que passer. Un jour. Peut-être deux, ou trois. Pour lhajja, ça fait quarante ans, ça s'améliore, mais elle voudrait bien bouger.
Bouger. C'est ce qu'on fait des milliers de gars de la région. Vers Casa. Marrakech. D'autres villes. Bosser dans des épiceries, pour la plupart. Vous ne croiserez que des femmes dans les vallées et les montagnes. "Ou des bras cassés", a dit M. Lhaj.
Finalement, les indices de développement ou de sous-développement sont palpables. Point besoin d'études de cabinets réputés. Tant que les hommes sont poussés par la misère à s'arracher à leurs terres pour travailler dans des 7anoutes poisseux dans la métropole, on peut se gargariser à longueur de journée sur le développement durable.
Il a commencé à neiger alors qu'on finissait une séquence. Ca ne s'est pas arrêté. Les pistes -déjà difficilement praticables- deviennent totalement impraticables. Nous sommes partis. Ils sont restés. Combien d'Anfgou dans ce pays...
Sunday, November 23, 2008
Saturday, November 22, 2008
Cheers for fears
Quand je suis arrivée de manière inopinée (ah ce mot!), mon coiffeur, Zak, était en train de faire sa prière d'Al Asr dans le couloir du centre commercial. Ce gars, avec ses épaules larges, ses joues, son crâne rasé, est pour moi l'incarnation de la coolitude. Il portait un pantalon blanc et un pull blanc parfaitement assortis à sa dentition. La première fois que je l'ai vu, je l'ai tout de suite apprécié. Et quand on est en plus talentueux et capable de transformer ma cha3kouka légendaire en une chevelure ondulée strass & paillettes, je suis conquise.
Chacun sa kemmara "grand public" Vs "intimes". Mon vice est d'avoir la kmimira intime.
Je savourais tranquillement mon thé à la pêche en regardant de larges mèches du coin de l'oeil tomber dans le désarroi (ah ce mot!). De l'incontournable discussion sur l'entretien des tiffes, nous avons atterri sur un terrain vraiment épineux. Soudain, il arrête son travail -que dis-je: son chef d'oeuvre!- pour me sortir un article de journal. Son jeune frère de 19 ans a disparu un jour de sa ville natale pour "travailler" à Marrakech. Alors qu'il devait venir visiter Zak, il s'est évaporé dans la nature. On l'a retrouvé plusieurs mois plus tard, brûlé par électrocution dans le petit centre d'électricité d'une usine désaffectée dont il était le gardien. Enfin, c'est la version du gérant de l'usine. Les flics ont dit à la famille que le petit gars a été enterré comme anonyme (alors qu'ils ont sa carte d'identité) après seulement un mois à la morgue, mais en même temps qu'ils n'ont pas de photos de son corps car il ne subsistait de l'électrocution que de la poussière, littéralement. Version que la famille n'arrive pas à gober, si pauvres et si analphabètes soient-ils. Ne pouvant faire leur deuil, c'est dans l'amertume qu'ils vivent. Preuve que quand on n'est "personne", on peut crever dans le silence radio. Et personne n'a de comptes à rendre à quiconque, surtout pas à un vieux monsieur, ancien combattant, dans sa djellaba, incrédule au PV de la police, n'est-ce pas?
En sirotant cette fois mon "San Francisco" au tex mex enfumé de la capitale, plongée dans une douceur presque oubliée, j'ai eu une pensée pour ce pauvre Zak et pour les associations de défense des pauvres gens que j'avais vu bosser aux States et qui font tant défaut ici. Encore un aspect civilisé qui me manque cruellement. Salud.
Chacun sa kemmara "grand public" Vs "intimes". Mon vice est d'avoir la kmimira intime.
Je savourais tranquillement mon thé à la pêche en regardant de larges mèches du coin de l'oeil tomber dans le désarroi (ah ce mot!). De l'incontournable discussion sur l'entretien des tiffes, nous avons atterri sur un terrain vraiment épineux. Soudain, il arrête son travail -que dis-je: son chef d'oeuvre!- pour me sortir un article de journal. Son jeune frère de 19 ans a disparu un jour de sa ville natale pour "travailler" à Marrakech. Alors qu'il devait venir visiter Zak, il s'est évaporé dans la nature. On l'a retrouvé plusieurs mois plus tard, brûlé par électrocution dans le petit centre d'électricité d'une usine désaffectée dont il était le gardien. Enfin, c'est la version du gérant de l'usine. Les flics ont dit à la famille que le petit gars a été enterré comme anonyme (alors qu'ils ont sa carte d'identité) après seulement un mois à la morgue, mais en même temps qu'ils n'ont pas de photos de son corps car il ne subsistait de l'électrocution que de la poussière, littéralement. Version que la famille n'arrive pas à gober, si pauvres et si analphabètes soient-ils. Ne pouvant faire leur deuil, c'est dans l'amertume qu'ils vivent. Preuve que quand on n'est "personne", on peut crever dans le silence radio. Et personne n'a de comptes à rendre à quiconque, surtout pas à un vieux monsieur, ancien combattant, dans sa djellaba, incrédule au PV de la police, n'est-ce pas?
En sirotant cette fois mon "San Francisco" au tex mex enfumé de la capitale, plongée dans une douceur presque oubliée, j'ai eu une pensée pour ce pauvre Zak et pour les associations de défense des pauvres gens que j'avais vu bosser aux States et qui font tant défaut ici. Encore un aspect civilisé qui me manque cruellement. Salud.
Friday, November 21, 2008
Tears for Fears
Ma maladie s'appelle le blues californien. Je ne sais pas ce qui était le plus pénible: quitter mes neveux, abandonner mes flips flops, la balade sans goût dans un Manhattan pourtant ensoleillé, le New-York-Casa à côté de cet Indien qui aurait tant voulu que je lui dise que toutes les Marocaines sont des belly dancers en puissance, ou le replongeage immédiat dans un quotidien souvent passionnant et surtout surmenant, si vous me permettez l'adjectif.
Le médecin m'a prescrit encore plus de surmenage pour ne pas me poser plus de questions sur où, de Madrid, Hebron ou Buenos Aires, mon baluchon et moi devrions nous installer. Alors, je vais repartir vers Assa-Zag pour quelque temps, le temps justement de remplir une carte mémoire de photos, la caméra de témoignages et le dictionnaire perso de quelques engrais informatifs. Je vous ramène quelque chose?
Le médecin m'a prescrit encore plus de surmenage pour ne pas me poser plus de questions sur où, de Madrid, Hebron ou Buenos Aires, mon baluchon et moi devrions nous installer. Alors, je vais repartir vers Assa-Zag pour quelque temps, le temps justement de remplir une carte mémoire de photos, la caméra de témoignages et le dictionnaire perso de quelques engrais informatifs. Je vous ramène quelque chose?
Sunday, November 02, 2008
Tuesday, October 28, 2008
Saudade
Foggy thoughts. Il faisait encore nuit lorsque mes bottes ont commencé à résonner sur Market St. C'est dans le brouillard que le district financier se réveille. Et moi avec. Je ne me sens ni étrangère ni chez moi. Et ce n'est pas pour me déplaire.
A Berkeley, il y avait du soleil et cette odeur d'eucalyptus qui vous pénètre les poumons. La library aux 9 millions d'ouvrages traînait encore en pyjama. La pelouse était d'un vert qui ne se trouve que sur photoshop. Un couple synchronisait son kata, en lenteur. L'ours-mascotte rugissait en marbre. Les bancs de mon école ont été repeints. Les portes étaient fermées. Je n'ai plus les clés. J'ai regardé par la fenêtre. Il y a une expo de photos de politiciens. Gore, Clinton (les deux), Nader, d'autres. Ca me suffit. Je ne veux rencontrer personne, surtout pas discuter dans le courtyard de ce que c'est que d'être journaliste in Morocco. Juste flâner comme l'étudiante i used to be. Envoyer des cartes postales (une, au moins). Regarder, entre deux passages de tram, ceux qui courent après leurs vies, leurs trains, leurs boulots, leurs crises. Me demander où je cours, moi.
A Berkeley, il y avait du soleil et cette odeur d'eucalyptus qui vous pénètre les poumons. La library aux 9 millions d'ouvrages traînait encore en pyjama. La pelouse était d'un vert qui ne se trouve que sur photoshop. Un couple synchronisait son kata, en lenteur. L'ours-mascotte rugissait en marbre. Les bancs de mon école ont été repeints. Les portes étaient fermées. Je n'ai plus les clés. J'ai regardé par la fenêtre. Il y a une expo de photos de politiciens. Gore, Clinton (les deux), Nader, d'autres. Ca me suffit. Je ne veux rencontrer personne, surtout pas discuter dans le courtyard de ce que c'est que d'être journaliste in Morocco. Juste flâner comme l'étudiante i used to be. Envoyer des cartes postales (une, au moins). Regarder, entre deux passages de tram, ceux qui courent après leurs vies, leurs trains, leurs boulots, leurs crises. Me demander où je cours, moi.
Wednesday, October 22, 2008
the sensitive kind
J'ai tué Vanessa. Bien malgré moi, je l'ai vue voler en éclats, en slow motion, alors que moi-même j'ai échappé au pire. Triste destin! Je voulais mieux pour elle. Qu'elle m'aide à capturer un de ces moments précieux. Ceux qu'on met en cage et auxquels on pense sur la route de la ma(d)ison en se disant que cette journée n'a pas été perdue. J'ai couru, je n'aurais pas dû. Je me suis empêchée de pleurer de douleur, j'ai gémi comme un chiot. Une tête bien dure en béton, un coude en cristal et un coeur en madeleine. Mes matériaux de construction. Et voilà que j'ai des bleus aux trois. Tu aurais dû appuyer sur le bouton rouge, le nucléaire, qui annihile les bobos. Il y eut un blanc...Des moments, il y en aura assurément d'autres, mais avec une remplaçante de Vanessa. Or Vanessa est irremplaçable. Et je ne peux m'empêcher de me demander si je suis remplaçable, moi.
Que suis-je? Qui suis-je, après tout? Tout dépend du moment où on se croise, ici-bas. Vous me rencontrez à 16, à 26, à 49. Je vous agace, je vous étonne, je vous indiffère. Je vous croise à 13, à 2, à 79 ans. Vous m'attendrissez, vous me barbez, vous me marquez de votre fer rouge. L'équation de notre rencontre, l'addition, soustraction de la chimie des personnes, selon leur degré de maturation dans la marmite de la vie, donne des résultats surprenamment différents, je dirais. Je te rencontre à 30. Tu es la perfection, avec moins de kilos et toute la passion. Que même mille Vanessa ne sauraient capturer.
Que suis-je? Qui suis-je, après tout? Tout dépend du moment où on se croise, ici-bas. Vous me rencontrez à 16, à 26, à 49. Je vous agace, je vous étonne, je vous indiffère. Je vous croise à 13, à 2, à 79 ans. Vous m'attendrissez, vous me barbez, vous me marquez de votre fer rouge. L'équation de notre rencontre, l'addition, soustraction de la chimie des personnes, selon leur degré de maturation dans la marmite de la vie, donne des résultats surprenamment différents, je dirais. Je te rencontre à 30. Tu es la perfection, avec moins de kilos et toute la passion. Que même mille Vanessa ne sauraient capturer.
Wednesday, September 24, 2008
Sacré Abbas!
Je n'ai eu vent de l'entretien accordé par Abbas El Fassi à François Soudan, de Jeune Afrique, que ce matin, dans l'édito de Driss Bennani dans Le Soir. C'est bien connu: El Fassi donne très peu d'interviews. C'est pourquoi je me suis installée confortablement pour déguster l'interview. Et c'est peu dire que ça commençait bien!
A la question, "comment vous portez-vous ? ", notre Premier ministre accusé de tous les maux du moned répond: "Très bien. J’ai le moral gonflé à bloc. Je travaille énormément. Je suis à l’aise dans ma peau de Premier ministre. Je fais de la marche trois fois par semaine et il m’arrive d’essouffler ceux qui m’accompagnent dans cet exercice. Pas plus tard qu’hier, un militant de 40 ans a confié à ses proches qu’il n’arrivait pas à me suivre tant mon rythme était soutenu ! Croyez-moi, si j’avais le moindre handicap, je demanderais à quitter mes fonctions sans hésiter, car la chose publique est sacrée. "
Y a rien à dire. Le rythme est si soutenu que personne ne suit.
A la question, "comment vous portez-vous ? ", notre Premier ministre accusé de tous les maux du moned répond: "Très bien. J’ai le moral gonflé à bloc. Je travaille énormément. Je suis à l’aise dans ma peau de Premier ministre. Je fais de la marche trois fois par semaine et il m’arrive d’essouffler ceux qui m’accompagnent dans cet exercice. Pas plus tard qu’hier, un militant de 40 ans a confié à ses proches qu’il n’arrivait pas à me suivre tant mon rythme était soutenu ! Croyez-moi, si j’avais le moindre handicap, je demanderais à quitter mes fonctions sans hésiter, car la chose publique est sacrée. "
Y a rien à dire. Le rythme est si soutenu que personne ne suit.
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