Thursday, December 08, 2005

Dans mon carnet

Sarajevo, nuit du 28 novembre
La dame s'appele Munira Sadikovic.
Je ne sais pas quelle heure il est. Une horloge vient de sonner 10 ou 12 coups. Dehors, il pleut. J'ai presque envie qu'il pleuve sur mon coeur, je le sens sec. Il a saigné toute la journée. J'ai voulu tout laisser tomber, rentrer chez moi, à Berkeley ou même rentrer chez moi au Maroc et me contenter de ce qui est facile et tombe du ciel. Nenad est tombé du ciel comme un ange qui m'est destiné.
Allah Akbar.
J'ai dormi peut-être une heure et demie ou deux heures. Je n'arrive pas à prendre une photo du portrait du couple en noir et blanc. Je me demande si c'est Mme Munira et son défunt mari. Aux murs, il y a des tableaux signés Sadikovic, son frère.
Dehors, tout est calme. Il y a une sorte de petit jardin. Les murs des garages sont couverts de graffitis. La chambre est très petite mais je me sens en sécurité. Je regarde les titres des livres dans la bibliothèque. Mes cheveux sont mouillés, alors j'ai mis ma serviette au-dessus de l'oreiller. Je me suis cognée la tête contre le réchaud en prenant ma douche dans la vieille baignoire. Il y a des flacons de parfum et de vieux déodorants. Je ne sais pas pourquoi ça me rapelle les vieux appartements de Rabat. Je regrette de ne pas avoir emmené mes pantoufles. Je ne sais pas comment compter les moutons en Bosniaque alors je reste éveillée en regardant le portrait en noir et blanc. Je pense à Madé. Je pense à D. et à sauter dans ses bras en le voyant à Mostar.

1 comment:

Amud o'awal said...

compte les gouttes qui s'écoulent du robinet fuyant !