Dans une autre vie, le jogging commençait dès la sortie du train.
Ouf, Ouf..Je respire en faisant le slalom dans le ras-de-marée humain vomi par le TNR à Rabat-Agdal. "Surtout, ne pas rater le cours de Step de Khadija", l'entraîneuse mouhtajiba au corps de rêve. Aujourd'hui est un jour béni, j'ai pu prendre le 19h00.
Elle m'attend dans la ptite tuture, à côté du téléphone à puce, à moins qu'elle n'ait pas trouvé de place. Un bisou parfumé, je jette un coup d'oeil à l'arrière et demande de quelle couleur est mon déguisement du jour. "Je t'ai ramenée le noir et blanc et le tout noir puisque tu aimes le noir". "Les deux marchent tant que les Nike ont du noir et du blanc aussi". Bien sûr, la petite serviette pour la sueur est également assortie.
Les vestiaires sont vides, le cours a déjà commencé. Je déteste mes cheveux et me les attache anyway. Elle m'a précédée. Je cherche un step en bois puis une petite place à l'avant avec si possible une réflection dans le miroir. Je regarde qui est là en faisant mes premiers pas. Le beau K. s'est encore fait une boule à zéro et ne m'a pas quittée de l'oeil et me fait un geste de la tête. Le docteur F. s'est encore rasé le torse et les aisselles pour son nouveau débardeur fluorescent. Il fait des petits pas tous délicats et pas très masculins sur son step.
La musique dans la tête. Les images de la journée défilent aux rythmes des "kick" et des "jump". Le boss s'est énervé contre notre standardiste, une interview que j'espère avoir pour mercredi, la "une" et des photos que je dois recevoir le lendemain par email.
Black-out total. Kick. Kick.
Je descends à la salle de muscu. Simo, Hicham et K. soulèvent des haltères en poussant des cris horribles. Ils ne regardent aucune fille, trop occupés qu'ils sont dans leur surenchère verbale sur leurs voitures, leurs jobs, leurs perfections respectives et assumées. Je m'ennuie.
La pharmacienne, I, drague encore un bonhomme du Golfe.
Sidi El Ghali ne quitte pas d'une semelle sa belle beldia aux cheveux longs. Tout le monde sait que c'est lui qui paye son abonnement. Elle porte des espadrilles style
Giraffe et se fatigue après deux minutes à chaque machine. La rumeur dit que Sidi El Ghali protège sa virginité jusqu'au mariage.
Mais où sont donc les baleines? Dans le cours d'aqua-gym, en petits bonnets colorés. Les peignoirs enroulés autour des corps lipposucionés, elles sortent de la piscine en essayant de ne pas glisser dans les escaliers. Direction: le sauna et le hammam beldi.
Je plonge dans la piscine et profite des bulles du jaccuzzi. Je fixe le mystérieux N., un proche de qui-vous-savez. Bizarrement, ça ne lui rajoute aucun charme. Ca fait longtemps qu'il n'est pas venu. Il était en déplacement. Au même moment que qui-vous-savez. Le docteur F. tente des débuts de conversation avec lui en lui parlant du dernier bar cubain parisien, où il était le weekend dernier.
Le beau K. fait des longueurs dans la piscine puis, de son air de crocodile avec seulement les yeux qui dépassent hors de l'eau, propose à une demoiselle de lui mordiller les orteils ou de faire d'elle le cobaye de sa technique de massages apprise en Asie. Sous l'eau, il frôle ses jambes épilées à l'étage du dessus, chez Saâdia.
De l'autre côté, ça frotte dans le hammam et ça s'embaume dans le sauna. Dans les vestiaires, il y a deux sortes de femmes: celles qui exhibent leur bikini brésilien en se massant les seins et celles qui se cachent dans des serviettes immenses pour changer de pantalon. Personne ne remet la même lingerie deux fois. Les modèles défilent, tous les jours plus exhubérants. Au passage, Mme B. ne s'est toujours pas décidée à nous épargner la vue de la forêt équatoriale qui se développe sous ses aisselles. Peut-être que le docteur F. pourrait lui passer son rasoir. Quant à la jolie Maysaa, elle est toujours aussi adorable, surtout avec Mme A., qui a un fils de 30 ans, célibataire et fraîchement rentré du Canada.
Je savoure du regard les pyjamas des unes et des autres. Elle est toujours la dernière sortie et même son bonnet est assorti. Dans la voiture, je dors déjà.