Wednesday, November 09, 2005

Histoire d'un rat

Surtout, ne jamais oublier d'où on vient.
Tu n'as pas oublié, hein? J'étais souriante quand tu es apparu à cette galerie d'art à Casa, toi et ton écharpe en cachemire et ton look de bourge aseptisé. Tu as compris à mon sourire et j'ai aimé ta première phrase: "mademoiselle, on ne se serait pas croisés dans une autre vie?". Je te pardonnerai d'avoir interrompu mon interview de l'"artiste".
Je souris encore. Tu souris encore plus. Tu me fais remarquer que tu portes des Westons, une manière de me dire que tu n'as pas oublier ton pseudo: "professor Zapato". Une seule raison à ça: tes chaussures marrons en cuir, la seule paire que tu avais et que tu portais tous les jours, qu'il pleuve ou qu'il vente. Et comme tu avais ces légendaires cors aux pieds, tes semelles étaient rongées d'un côté plus que de l'autre. Qu'importe. Tu arpentais ces horribles allées peuplées d'acariens de ces semblants de bibliothèques de l'enseignement public supérieur. Je persiste à croire que si tu aimais autant les livres, c'est qu'ils te permettaient d'oublier. Oublier la petite garçonnière du quartier l'Océan que tu partageais avec Mohamed, un vrai QG pour les génies paumés et fauchés. La bohème à la Marocaine, hein! Les films, les tomates achetées au pisri du rez-de-chaussée, les ébauches de scénarios jamais terminés, les débuts de romances..Oublier la bourse de misère, les voyages en grands-taxis à l'eid, les cigarettes partagées, les bouteilles de rouge pas cher. Oublier Mme Simone, à Nancy, ta voisine de palier qui te repassait tes chemises de temps en temps, même si tu pouvais le faire toi-même, et que tu visitais régulièrement. Oublier ses billets de 100 francs, généreusement glissés dans ta main après tes démonstrations de virilité marocaine.
Elle n'est pas belle, la vie? Tu as eu droit à une succession d'heureux incidents. C'est beau d'être reconnu, hein? C'est beau d'être l'auteur, d'être lu à son tour, de se faire sa place, de voir l'autre côté de la barrière, de s'acheter de nouvelles chaussures.
Mais chapeau bas l'artiste, de garder ta bohème comme une richesse. Et pas le contraire.

7 comments:

Amine said...

Trop de suspense... de ki s'agit-il?

Anonymous said...

I'm full of secrets. Each day there are more and more sneaky things to hide from the world. Behind a lie detector, I'd rattle :
"IT WAS ME
who stuck chewing gum there,
switched price tags,
swallowed all the tooth paste,
pointed the Japanese guy to the wrong street,
had the answers up my sleeve,
drew genitals on the wall,
kept putting the clock forward,
broke wind in class,
smeared dog doo on the bird house,
grew fungi,
fed the mice,
freed the hamster,
ran over the pigeon,
loved Najlae secretly,
and posted this anonymous comment ! "

Mais je n'avouerai jamais que j'étais un rat de bibliothèque.


Amine, can you be pleasant some times ?

Anonymous said...

J'aurais aussi aimé t'écrire ça :

Gare à toi
J'ai beau te lire dans tous les sens, je ne trouve rien à redire. C'est dingue à quel point une fille comme toi pourrait me faire renoncer à mes rêves les plus fous. Je n'ai jamais ressenti aussi fort et aussi proche le sublime d'une femme que par tes mots. Je pense que tu ne dois pas ignorer totalement le fait que tu es quelqu'un de grand, de particulier, quelqu'un qui révèle sa perfectible mais inépuisable magie dans la géante humanité de sa prose. Tu ne peux pas ignorer le point faible d'une armure que tu attaques sans le vouloir à coup de mots.

Si j'ose dire aussi facilement à quel point je t'aime, c'est bien parce que je n'entend pas que tu le découvres. C'est bien parce que je n'entend plus renoncer à aucun rêve désormais. Chaque fois que j'ai tenté d'en rallier d'autres à mes rêves, j'ai échoué. Chaque fois que je les ai vécus, j'ai au moins pu faire rêver. Il y a de l'inutile dans ces deux finalités, certes, mais la seconde m'est plus supportable pour la simple raison que j'en suis peut être le seul, en tous cas le plus heureux des bénéficiaires.


Je suis donc celui qui t'aime et qui ne te le diras jamais. Même pas pour te mentir. Je te regarderai vivre. Parce que je te veux, parce que je ne veux personne d'autre que toi, je tenterai certainement d'aiguiller d'une manière subtile les rails de ton existence pour que tu viennes faire une halte sur les quais oniriques mais bien réels de cette gare à toi où j'habite parfois. Ainsi, si j'y parviens, personne ne devra renoncer à quoi que soit. Tu auras voulu ce voyage et moi je serais toujours homme à servir de compagnon et non pas l'épave que je serais si je devais m'abstenir de vivre.

Qu'est-ce donc que cet amour penseront certains? C'est vrai. Je me le demande. En amour, j'ai trouvé beaucoup et perdu tout autant. Sans regret. Il se trouve juste que j'en suis réduis pour l'heure à ma propre existence et à aucune autre. Je serais malvenu de débarquer pour te dire comment la vie pourrait être belle à nous deux. J'en serais d'ailleurs bien incapable.

Ce texte n'a aucune utilité puisque tu ne sauras jamais qui te l'a écrit. À moins qu'un jour, ta tête appuyée sur l'épaule d'un homme heureux, tu me demandes de te raconter à quel moment j'ai commencé à t'aimer. Là, peut-être, tu reliras ce texte en sachant qu'il t'est dédié.

Amine said...

Anonymous #1: Sir Yes Sir, I will!

Najlae said...

- My email address is on my profile's page.

Lady M said...

Ah c'est beau l'amour...
(soupir)
Quoique Monsieur l'anonyme me parait un peu trop compliqué pour être une bonne affaire...

Najlae said...

lady M> une bonne affaire secrete, lol ca defie toutes les lois du marketing,ca.