On m'a mentie. On m'a trompée.
On m'a bercée d'illusions. On m'a inculquée la naiveté comme principe, beau principe.
On m' a dit que ça ne comptait pas, d'où on venait, parce que l'essentiel était dans les coeurs.
On m'a encouragée à boire du lait -que je n'ai jamais trouvé bon, pas même celui du sein de ma mère- parce que ça fait prétendument pousser des ailes.
On m'a dit que la liberté était dans le coeur et que rien ne pouvait arrêter les rêves, qu'il fallait croire en sa valeur intrinsèque.
J'ai des murs devant les yeux, des barbelés autour du corps. Quelqu'un fait grincer un morceau de craie humide sur un tableau vert. Et je crie.
A quoi ça sert, de naître au Tiers-Monde?
Je vous défie, amis utopistes de la blogoma, rêveurs pas encore réveillés, défenseurs des opprimés de ce monde, adeptes de la constitution des livres de la bibliothèque rose, citoyens de la cité idéale, membres du parti des altermondialistes heureux, de me dire pourquoi vous voudriez faire naître vos enfants dans un pays du Tiers-Monde.
A moins de vouloir leur faire apprendre le combat très tôt, en doses de biberon, à moins d'apprécier -en masochiste confirmé- de les voir pointer à la porte de tous les consulats à 5h du mat' pour un visa qu'ils auront la chance de demander, à moins de vouloir leur faire goûter lhogra, à moins de les faire grandir dans la maison baignée d'amour de leur grand-mère, je ne vois pas beaucoup de raisons. Convainquez-moi.
Je comprends ceux qui troquent leurs papiers, volontairement. Ca s'appele "rendre sa vie moins compliquée". Ca n'a rien à voir avec ses sentiments, son attachement au pays, son patriotisme ou autre valeur non côtée en bourse.
Ma C.I.N n'a aucune valeur, en dehors du coumisaria de lmdina et de l'incomparable aéroport Med V où un barbouze poilu le tripote dans tous les sens cherchant une raison de pousser des "aha" et des "oho".
Je trimbale mon passeport à la banque, au supermarché, à l'école, en boîte. Je le trouve joli. Le sceau doré sur fond vert surtout. Mais je sais qu'à part la valeur sentimentale et les jolies calligraphies de mon nom, il ne m'est pas si précieux.
Parlons-en.
Depuis le début de la guerre, on réclame aux Irakiens des visas, même pour aller au...Togo.